Accessibilité : le handicap auditif

Handicap, quel handicap ?

Des situations très diverses

Le terme surdité est utilisé pour qualifier toute baisse d’audition. Cependant le handicap est très différent selon les individus. (1)

  •             Tout d’abord une personne peut être sourde d’une seule oreille ou de façon bilatérale, phénomène influent sur son expérience sonore dans l’espace.
  •             De plus, l’origine de cette surdité est capitale dans la mise en place de stratégies d’accessibilité ; l’individu peut être sourd « de naissance » ou suite à un processus pathologique au cours de sa vie, il aura alors des stratégies de compensation très différentes.
  •             Enfin la « profondeur » de la surdité varie également d’un individu à un autre. Les surdités totales sont très rares, mais on qualifie souvent les sourds profonds (perte supérieure à 90 dB) de « totalement sourds » car ces personnes n’entendent pas ou difficilement leurs propres voix. La majorité des handicaps auditifs sont partiels et d’intensité variable, on parle de « malentendance » qualifiant un déficit auditif léger (A partir de -20 dB) jusqu’à une surdité sévère (Entre -70 et -90 dB), alors cette « échelle de gravité » nécessite des compensations et adaptations très différentes.

Le handicap auditif est donc un empêchement protéiforme, multifactoriel et dont les réponses à apporter pour garantir une accessibilité se doivent d’être diverses et adaptées.

Combien de personnes ?

Selon le Ministère de la Santé (2), environ 6,6% de la population hexagonale serait concernée par un déficit auditif correspondant à 4 092 000 personnes touchées.

  •             111 600 personnes seraient atteintes d’une déficience auditive profonde (Apparentée à une surdité totale) soit 1,8 individus pour 1000 naissances. Sur cette population, 80 000 maîtriseraient la langue des signes française (LSF)
  •             372 000 personnes seraient atteintes d’une déficience auditive sévère soit 0,6% de la population (Grave malentendance)
  •             1 300 000 personnes seraient atteintes d’une déficience auditive moyenne soit 2,10% de la population (Malentendance handicapante)
  •             3 208 400 personnes seraient pour finir atteintes de déficience auditive légère soit 3,72% de la population (Gêne auditive)

On remarque que ce public empêché est donc important et non négligeable dans le public potentiel des institutions culturelles.

Il est à noter que seulement 600 000 personnes malentendantes (Sur plus de 4 millions) seraient équipées d’un appareil auditif !

Enfin, il est à noter que 88% de la population malentendante l’est devenue au cours de sa vie, la surdité congénitale ne touchant qu’un nouveau né sur 1000 soit 700 enfants sourds chaque année.

 Quels empêchements ?

 Un accès difficile au contenu sonore

Garçon faisant un test auditif © gdmanning / Stock xchng

Garçon faisant un test auditif © gdmanning / Stock xchng

L’empêchement majeur d’accès à l’expérience culturelle est évident mais là encore protéiforme, celui de l’empêchement au contenu sonore.

  •             En effet, la personne empêchée par une surdité totale ou profonde (>90 dB) ne peut en aucun cas appréhender l’information sonore qu’elle soit d’information ou de nécessité (Alerte incendie par exemple).
  •              Concernant la personne touchée par une surdité sévère (-70dB à -90dB équivalant à la perception d’une rue bruyante), pour ce public, seul un matériel sonore simple et intelligible (Une alarme incendie pour exemple) peut être appréhender, l’amplification des sons à visée informative étant insuffisante pour qu’il y est compréhension et élaboration d’une compréhension d’un langage, si celui-ci est un handicap de naissance.

Pour ces deux « profondeurs » de surdité, on ne peut donc pas jouer sur le canal auditif, et une stratégie de compensation est indispensable.

  •              L’individu touché par une surdité moyenne quant à elle (Perte de 40 à 70dB) à une compréhension lacunaire du message transmis. Ainsi, l’individu perçoit sans aucun doute le message sonore, mais ne l’interprétera qu’en partie. L’amplification et des processus de compensation additionnels sont donc à privilégier pour rendre le message plus simple à comprendre pour ce public.
  •            Enfin, la personne touchée par une surdité légère (Perte de 20 à 40dB) entend et comprend le message sonore, mais peut avoir des difficultés à comprendre certains éléments de détail et/ou dans un environnement bruyant.

Une influence non-négligeable sur la lecture (3)

Un interprète de la langue des signes © juliaf / Stock xchng

Un interprète de la langue des signes © juliaf / Stock xchng

Ce pendant moins connu du grand public des difficultés rencontrées par les personnes sourdes et malentendantes est essentiel à prendre en compte pour les institutions accueillant ce public. Cette conséquence méconnue touche principalement les individus concernés par une malentendance profonde ou une surdité totale de naissance.

En effet, quand le handicap est « originaire » il influe sur tout le processus d’acquisition majoritaire dans notre monde, celui de la phonation. Ainsi, un enfant qui n’entend pas aura des difficultés à acquérir un langage parlé qu’il n’acquerra qu’avec du temps et des processus de compensation (Lecture labiale, langage parlé-complété ou bien langue des signes) ; toutes ces difficultés acquisitives entraîneront chez la personne sourde beaucoup de difficultés à accéder à une lecture remarquable et encore plus à une production écrite élaborée. De plus, . C’est tout le processus d’apprentissage de la lecture ; Ce dernier est d’ailleurs à adapter car on déploit trop souvent un acharnement forcené pour enseigner la lecture par la voie indirecte du son (D’où naît la syllabe) qui entraîne des difficultés pour les personnes sourdes, qui restent souvent en surface du message écrit, n’ayant pas développées les aires cérébrales auditives majoritaires de la population (Celui du mot comme ensemble de sons) et devant donc faire des efforts considérables pour accéder au sens de la proposition écrite.

Ainsi, souvent pense t-on bien faire en compensant le message sonore par l’écrit mais ce n’est pas toujours la panacée, développer d’autres langages* directs (LSF, langage parlé-complété …) peut être plus opportun.

Quelles solutions d’accessibilité mettre en œuvre ?

La stratégie d’accessibilité à la déficience auditive des structures culturelles doit comme pour tout empêchement être envisagée selon deux modalités :

L’adaptation

Ce levier d’action vise a adapter le lieu de culture au déficit présenté par le public empêché.

Ici, on doit tout d’abord adapter les dispositifs de sécurité aux personnes malentendantes et sourdes en favorisant les signaux lumineux et une signalétique adaptée (4).

Du point de vue de l’information, là aussi la structure en dehors de toute stratégie de compensation peut s’adapter. En effet, au point de vue des installations sonores et audiovisuelles, l’institution doit s’assurer d’un volume sonore suffisant et d’une diction claire et relativement lente de la part des voix-off afin d’être appréhendées par le public malentendant (Surdité légère ou moyenne). De plus, un  nombre suffisant de dispositifs de médiations mobiles (Audioguides) doivent être conçus directement avec le fabricant pour être « débridés » (Une sécurité préventive étant mise en place pour protéger l’audition du public général et donc assurer une puissance sonore de sortie suffisante pour assurer une bonne compréhension des usagers malentendants.

Toujours pour transmettre une information et pour le public déficient sus-cité mais aussi pour les personnes touchées par une surdité moyenne, et l’ensemble de ceux-ci équipés d’appareil auditifs adaptés, les structures culturelles peuvent mettre en place un système de boucle magnétique. Ce système permet de capter les sons d’un événement sonore (Film, spectacle, audioguide …) de façon amplifiée et de le diffuser de façon amplifiée et directe (En évitant donc les sons de la salle) par induction magnétique (Et non aérienne) aux prothèses auditives. (5)

La compensation

Ce levier d’action vise a adapter les processus d’information en utilisant les canaux sensoriels non-atteints chez le visiteur sourd ou malentendant. Ici, la stratégie de compensation se centrera sur le canal visuel.

Tout d’abord par l’utilisation d’informations d’un langage « général » lisible. Ainsi, les structures peuvent mettre l’accent sur l’utilisation des pictogrammes afin de faciliter la visite, les déplacements et renseigner sur les services à disposition du public. Quant au « transfert » des informations transmises par voie sonore au public général, on peut les transformer en informations textuelles visuelles par des dispositifs aussi variés que le surtitrage (Utilisé dans les salles de spectacles ou opéras par exemple) ou le sous-titrage (Pour tout dispositif audiovisuel sur site ou sur internet).

On peut également pour jouer sur l’utilisation « d’autres langues » visuelle (LSF) ou semi-visuelle (Langue parlée-complétée – LPC). Les audioguides à cette fin peuvent par exemple être remplacés par des visioguides proposant un commentaire de la visite d’un musée en langue des signes sur l’écran d’un assistant numérique personnel (PDA), on peut également utiliser le même mécanisme mais par un biais humain avec l’aide d’un interprète en langue visuelle ou encore en utilisant un dispositif intermédiaire comme la visio-interprétation ou le système RISP (Traduction syllabique du discours en un sous-titrage simultané).

On l’a vu, le handicap auditif est protéiforme et les réponses qu’on peut apporter à cet empêchement sont aussi diverses et multi-canal. Il est à noter que certains des dispositifs de compensation (Comme le sous-titrage) peuvent être appréciés par le public général par une information sensorielle supplémentaire permettant de mieux apprécier l’expérience culturelle qu’il vit.

*La langue des signes française (LSF) est mentionnée comme langue de France depuis 1999 et le rapport Cerquiglini. De plus, la loi du 11 février 2005 reconnaît celle-ci comme une langue à part entière. Enfin, elle est aujourd’hui reconnue comme une langue d’enseignement.

(1) http://admin.orcca.fr/Upload/Mediatheque/ACTUALITES/GUIDE-CULTURE-HANDICAP.pdf
(2) http://www.unapeda.asso.fr/article.php3?id_article=83
(3) http://www.lecture.org/ressources/ecrit_surdite/page31.PDF
(4) http://www.culture.gouv.fr/handicap/pdf/guide.pdf  (p.167 à p.170)
(5) http://surdi49.fr/pages%20HTML/boucle.html

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11 Commentaires

  1. @AudeMathey
    30 novembre 2012 at 11:47 Répondre

    #Accessibilité : le #handicap auditif. Quel handicap et les solutions à apporter pour la culture cc @RonanBretel http://t.co/jsc4EON8

  2. @GIENS09
    30 novembre 2012 at 11:59 Répondre

    RT @AudeMathey: #Accessibilité : le #handicap auditif. Quel handicap et les solutions à apporter pour la culture cc @RonanBretel http://t.co/jsc4EON8

  3. @MarieChabrol
    30 novembre 2012 at 12:28 Répondre

    RT @AudeMathey: #Accessibilité : le #handicap auditif. Quel handicap et les solutions à apporter pour la culture cc @RonanBretel http://t.co/jsc4EON8

  4. @AraapLorraine
    30 novembre 2012 at 13:19 Répondre

    RT @AudeMathey: #Accessibilité : le #handicap auditif. Quel handicap et les solutions à apporter pour la culture cc @RonanBretel http://t.co/jsc4EON8

  5. @johan_ramon
    1 décembre 2012 at 08:50 Répondre

    Le handicap auditif : http://t.co/etM8Nqm0 #accessibilite

  6. @johan_ramon
    1 décembre 2012 at 08:52 Répondre

    Environ 6,6% de la population française serait concernée par un déficit auditif (soit plus de 4 millions de personnes) http://t.co/etM8Nqm0

  7. @notabene
    1 décembre 2012 at 08:55 Répondre

    RT @johan_ramon: Environ 6,6% de la population française serait concernée par un déficit auditif (soit plus de 4 millions de personnes) http://t.co/etM8Nqm0

  8. @societe_atalan
    1 décembre 2012 at 10:12 Répondre

    RT @AudeMathey: #Accessibilité : le #handicap auditif. Quel handicap et les solutions à apporter pour la culture cc @RonanBretel http://t.co/jsc4EON8

  9. @gwenzephyr
    1 décembre 2012 at 10:46 Répondre

    RT @AudeMathey: #Accessibilité : le #handicap auditif. Quel handicap et les solutions à apporter pour la culture cc @RonanBretel http://t.co/jsc4EON8

  10. @gwenzephyr
    1 décembre 2012 at 10:47 Répondre

    RT @johan_ramon: Environ 6,6% de la population française serait concernée par un déficit auditif (soit plus de 4 millions de personnes) http://t.co/etM8Nqm0

  11. Accessibilité : le handicap auditif - Cu...
    20 janvier 2014 at 13:45 Répondre

    […] Handicap, quel handicap ? Des situations très diverses Le terme surdité est utilisé pour qualifier toute baisse d'audition.  […]

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