La Cité de l’architecture livre des pistes de bonnes pratiques

L’application développée pour l’exposition « Circuler »[1] est le fruit d’un partenariat avec Orange (développement de l’application) et Samsung (mise à disposition des Galaxy S2). Philippe Rivière (responsable des services d’information, Cité de l’architecture) a présenté un bilan de cette application le 1er février 2013 dans le cadre des 4èmes Rencontres Nationales Culture et Innovation(s).

Les aspects pragmatiques du déploiement

Les présentations de l’Abbaye de Fontevraud et de la Cité de l’architecture convergent sur un point : la désacralisation. Les deux intervenants tentent, chacun à leur manière, de désacraliser la visite mais également l’outil technologique (smartphone ou tablette), la première pouvant impressionner les publics novices ou occasionnels de ces institutions et le second les publics moins technophiles. Si l’Abbaye de Fontevraud ruse en protégeant la tablette par un carton coloré qui peut contribuer à réduire l’anxiété informatique et à séduire la cible jeune public, la Cité de l’architecture a également réfléchi à ces aspects, en soignant la conception et le design de la coque du smartphone et du meuble dédié à leur stockage.

 Le rôle du personnel d’accueil ou de l’équipe de médiation

Vue de l'application © Cité de l'architecture et du patrimoine

Vue de l'application © Cité de l'architecture et du patrimoine

Philippe Rivière rappelle ensuite combien il est important d’initier non seulement les publics au maniement du modèle de smartphone proposé et au principe de la NFC (Near Field Communication[2]) mais également le personnel lui-même sur ces deux aspects. Il est connu que le principal frein à l’adoption d’une technologie demeure l’essai. La Cité de l’architecture l’a bien compris en organisant des démonstrations de l’application et du NFC auprès de ses publics (à qui un dépliant en forme de smartphone était distribué en caisse comprenant un QR code pour télécharger l’application ainsi que des explications sur la technologie NFC au verso) et de ses personnels. La réalité augmentée[3], qui n’est pas abordée ici, n’est pas sans posé les mêmes soucis d’appropriation tant par les publics (souvent âgés ou peu technophiles) que par les personnels (Jarrier, 2012).

Dans le cas de ce déploiement le terme NFC a suscité débat entre experts des technologies RFID[4], Qr codes et NFC. Qu’apporte le NFC par rapport aux flash codes ? Un avantage serait de dispenser le visiteur de recourir au Wifi de la Cité tandis que deux limites rappelées par l’assistance est que le NFC n’est vraisemblablement pas dans les cartons de la marque à la pomme et que le public est encore moins familier envers cette technologie qu’il ne l’est envers les flash codes. Ce dernier inconvénient a néanmoins brillamment été contourné par la pédagogie dont a fait preuve la Cité de l’Architecture envers ses publics et son personnel, comme mentionné précédemment. Rappelons simplement le principe de base du NFC : il suffit d’approcher un terminal NFC d’une pastille afin de recevoir automatiquement un contenu (notice sur l’œuvre, aide à la (géo)localisation, parcours, etc.) sur le smartphone.

La Nitendo 3DS devient un audioguide © Olivier Ouadah / Musée du Louvre

La Nitendo 3DS devient un audioguide © Olivier Ouadah / Musée du Louvre

Concernant la question de la géolocalisation, Philippe Rivière explique que bien qu’on ne puisse en parler ici stricto sensu, l’avantage est de proposer au visiteur un repérage dans le bâtiment et ses différents niveaux. Sur ces questions de géolocalisation, je vous invite à lire les retours d’usages effectués notamment par le LEDEN (Programme de Recherche et de création numérique) et le point de vue d’Audrey Defretin quant à cette fonctionnalité proposée par la Nintendo 3DS au Louvre et par l’audioguide de la Gaîté Lyrique.

Pour en revenir à l’application « Circuler », les résultats de ce déploiement sont honorables puisqu’il a donné lieu à 1623 téléchargement sur IOS, 698 sur Android, avec une moyenne quotidienne de 55 prêts. En outre, la Cité de l’Architecture réfléchit actuellement à la migration et réactualisation des contenus du visioguide vers le NFC, ce qui pose toujours la délicate question de la rédaction des contenus et peut susciter certaines crispations. Par ailleurs, en termes d’accessibilité, compte tenu du taux d’équipement relativement faible des smartphones NFC, la Cité de l’Architecture propose les Samsung Galaxy S2 en location et envisage d’agrandir son parc.

Les nouvelles opportunités de collecte de retours d’information (livre d’or intégré dans l’application)

La Cité de l’Architecture a bien sûr pris en compte les remontées d’information en consultant son personnel d’accueil et ses guides conférenciers (avant et après la visite), mais a aussi pu obtenir des commentaires (globalement positifs) déposés par les visiteurs dans la fonction livre d’or, comprise dans l’application (une pratique que Clélia Dehon préconisait dans son mémoire de recherche en 2011).

Outre l’intérêt que présentent les contenus de l’application « Circuler », l’initiative de la Cité de l’Architecture est remarquable à double titre : d’une part pour la pédagogie mise en œuvre au cours des différentes phases de ce projet et la prise en compte des remontées d’informations de chaque partie prenante (concepteurs, personnels d’accueil et de médiation publics), d’autre part pour l’effort de conception holiste et congruente du design de l’outil (sa coque) et de son intégration dans l’espace du bâtiment.



[1] Cette exposition s’est déroulée du 04/04/2012 – 26/08/2012

[2] Technologie disponible sur un mobile équipé de type Android. Cela permet d’obtenir des informations complémentaires (sur une œuvre spécifique) lorsque l’on approche le smartphone d’une étiquette dite « tag ». Il est aussi possible d’échanger ces informations par simple contact entre deux terminaux équipés.

[3] La réalité augmentée permet de superposer à l’objet que l’on regarde des éléments virtuels en 2D ou 3D et en temps réel. Dans un contexte patrimonial ou muséal, la réalité augmentée permet ainsi de découvrir via un écran des éléments d’ordinaires invisibles à l’œil nu (architecture détruite, repentir dans un tableau, etc.). Cela contribue à situer la visite dans son contexte et à la rendre plus ludique.

 

[4] Le terme RFID désigne la technologie dite de « radio identification ». Cette technologie consiste à recourir à des étiquettes (adhésives ou incorporées à des objets) qui comprennent une puce électronique. Cette dernière permet notamment de mémoriser des données, de suivre le cheminement d’objets à distance. Dans un contexte muséal, ce type de puce a été insérée dans le ticket d’entrée du visiteur afin qu’il puisse retrouver les contenus parcourus en ligne après sa visite (Museolab – Erasme)

 

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