Lancement du Centre Pompidou Virtuel : beaucoup de bruit pour rien ?

Hier, le 4 octobre 2012, le Centre Pompidou lançait en fanfare (campagne publicitaire, teaser vidéo et grande conférence de presse) sa version virtuelle, plus communément appelée le Centre Pompidou Virtuel (CPV pour les intimes).

Étaient rassemblés des journalistes de la presse généraliste et professionnelle, ainsi qu’un certain nombre de blogueurs (et de museogeeks, car tous ne bloguent pas).

Qu’est-ce que le Centre Pompidou Virtuel ?

© Centre Pompidou. Photo : J.C. Planchet, 2012

Selon Alain Seban, le CPV peut être décrit comme un « centre de ressources, une plateforme de diffusion des contenus, un nouvel espace de partage de connaissances, intuitif, participatif et résolument nouveau ». Le CPV permettrait de rendre accessibles des milliers d’oeuvres (près de 75 000), ainsi que des captations vidéos de conférences pour le grand public. Il n’a pas vocation à représenter des visites virtuelles du musée.

Il serait en effet possible de confronter des expositions, de naviguer parmi les oeuvres grâce à la recherche sémantique. Le visiteur lambda (je cite le Centre Pompidou) trouverait également une interface facilitée pour trouver les informations pratiques, les principaux événements en cours (les festivals étant mis au même niveau que les expositions en page d’accueil).

De plus, la plateforme du site, développée grâce au mécénat de compétence de CGI, est une version open-source, c’est-à-dire un logiciel libre, partageable et reproductible.

C’est notamment cette conception du Centre Pompidou Virtuel qui a valu au Centre Pompidou le label « investissement d’avenir » lui permettant d’avoir accès au Grand Emprunt. Selon Aurélie Filippetti, le CPV fait partie des outils d’exception culturelle de part son innovation, notion que je n’ai malheureusement pas comprise.

Le CPV, selon Agnès Saal, directrice générale du Centre Pompidou, aurait coûté près de 12 millions d’euros (hors valorisation du travail des équipes du Centre, que ce dernier n’aurait pas réussi à chiffrer), provenant d’un tiers de subventions, un tiers d’un prêt de douze ou quinze ans auprès de la Caisse des dépôts et consignations et enfin un dernier tiers du mécénat de compétences et de financements directs.

Le Centre Pompidou Virtuel avait en effet pour but, comme les autres projets stratégiques du Centre (Nouveau Festival, exposition « Paris-Bombay », Centre Pompidou Metz et le Centre Pompidou Mobile), de reposer sur des fonds propres et se financer par ses propres sources sans affecter celles du Centre.

Bref, le CPV est le 5ème et dernier de ces projets stratégiques du Centre. Selon Alain Seban : « la révolution numérique est en marche », les musées (français ?) ayant du retard en la matière.

Quels objectifs pour le CPV ?

Au-delà de la diffusion de tout le contenu (j’ai bien dit tout) du Centre Pompidou accessible gratuitement en ligne pour le visiteur, le CPV a pour mission de lancer l’innovation dans le secteur culturel en ce qui concerne les recherches documentaires associées au web collaboratif (partage, contributions des visiteurs). « Le CPV a donc pour mission d’être un laboratoire » ajoute Alain Seban. Il est véritablement révolutionnaire et innovant justement grâce à sa fameuse plateforme open-source et à la maîtrise de la recherche sémantique, permettant de découvrir le champ et les contenus culturels du site à partir d’un seul mot (et d’un thésaurus).

Le Centre Pompidou Virtuel redéfinit également les lignes des modèles économiques des musées français ou en tout cas tente de le faire. Malgré une question posée à Agnès Saal, il n’a pas vraiment été possible de découvrir quelle serait la part d’autofinancement estimée (la vente de produits dérivés, catalogues, applications) en lien avec le CPV afin de le financer. Seuls nous ont été donnés les montants de subventions, prêts et mécénat énoncés plus haut. Ce point est assez dommageable pour le Centre, car si un tel projet souhaite s’assurer une certaine pérennité, une certaine indépendance de financement est hautement souhaitable.

Enfin, le CPV a pour mission de créer une communauté, des échanges avec le public. Cette vocation n’est pas sans rappeler la Communauté Louvre, les espoirs que cela a suscité et sa clôture inopinée. Cependant, la volonté de tester cet outil a été clairement affichée par la direction du musée. L’espace contributeur ainsi que les retours d’utilisation feront l’objet d’un suivi (nous ne savons pas encore de quelle façon) afin d’améliorer le service et d’être au plus près de son public (même si on peut penser que les contributeurs seront principalement des chercheurs et des étudiants, comme l’a lâché le service communication).

Alors pourquoi ce titre ?

Tout d’abord parce qu’on ne pouvait qu’être surpris. Les présentations précédentes étaient tellement floues et pouvaient susciter tellement d’espoirs qu’il était, presque, logique d’en être déçu par sa réalité.

Même si la « transformation numérique » du Centre selon l’expression de Stéphane Batiot de CGI est assez bluffante, il faut reconnaître qu’il y a quelques points sur lesquels nous aurions bien aimé avoir des réponses, comme vu plus haut : l’autofinancement du CPV, la réelle action en direction du grand public, l’utilisation des contributions et surtout le problème que peut poser le partage d’une plateforme open-source développée par une structure publique et financée grâce au mécénat de compétences.

Une remarque d’ailleurs sur ce point, à part une journaliste, la plupart des questions posées au Centre provenaient de blogueurs. Est-ce à croire que nous ne comprenons pas la même chose ou le blogueur culturel a-t-il une tendance à être un troll ?

Blague à part, le Centre Pompidou Virtuel est encore en version bêta et ne demande qu’à être amélioré et testé. Par conséquent, la meilleure chose à faire est de compiler les pratiques et  les expériences en tant qu’utilisateur et « visiteur lambda » sur le site… A vos souris !

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6 Commentaires

  1. Lancement du Centre Pompidou Virtuel : beaucoup de bruit pour rien ? | Culture et Communication | Veille & Culture numérique | Scoop.it
    6 octobre 2012 at 09:43 Répondre

    […] Lancement du Centre Pompidou Virtuel : beaucoup de bruit pour rien ? | Culture et Communication From culture-communication.fr – Today, 10:43 AM […]

  2. Contenu ouvert (open content), une tendance lourde pour les musées ? | Culture et Communication
    4 septembre 2013 at 16:07 Répondre

    […] Comments Après le Centre Pompidou virtuel, dont nous avons parlé ici puis là, et le Rijksstudio, projet du Rijksmuseum, pour lequel nous avons interviewé Peter Gorgels, […]

  3. Guillaume
    12 octobre 2013 at 15:58 Répondre

    Il y a toujours eu des guides, audio-guide, catalogues, etc.. dans les musées, alors la digitalisation d’exposition n’est qu’une suite logique et inévitable. Par contre, ce qui me chicote un peu, c’est de savoir si une dépense en nouvelle technologie est une geste logique pour un musée quand on sait que cette technologie évolue si rapidement et qu’il pourrait acheter des œuvres avec cette argent; ce qui est certes un investissement à long terme beaucoup plus profitable et beaucoup plus dans le rôle du musée.

    • Aude MATHEY
      18 octobre 2013 at 18:15 Répondre

      Oui et non. 🙂 C’est un peu une réponse de normand que je vous fais.
      Dans le cadre du Centre Pompidou, une partie de l’investissement vient du mécénat de compétences, ce qui veut dire que le Centre n’a pas eu à régler de facture pour une partie du montant. Mais le reste est tout de même colossal.
      Le site est censé être open-source et évolutif. On verra sur le long-terme.
      Le précédent site du Centre Pompidou avait, de toutes les manières, besoin d’être mis à jour. Il ne correspondait plus aux nouveaux usages et avait des problèmes pour être lu sur les nouveaux écrans (smartphones, tablettes, etc.). Et je pense que vous serez d’accord avec moi, au vu de votre activité, que des sites internet puissent être évolutifs et correspondre à leur public.
      Après quand il s’agit du montant de la facture, il est certain que cela laisse pantois.

  4. Le Centre Pompidou Virtuel ou comment une communication devient virtuelle | Cliophile
    23 mai 2014 at 17:52 Répondre

    […] l’invitation de Aude Mathey, auteur du blog C&C et d’un très bon article qui replace le cœur du sujet (et ce n’est pas de trop !), je m’apprêtais à rédiger […]

  5. Le Centre Pompidou Virtuel mise sur la diffusion de ressources numériques, le web sémantique et les produits dérivés
    6 octobre 2015 at 11:31 Répondre

    […] « Lancement du Centre Pompidou Virtuel : beaucoup de bruit pour rien ? » (culture-communication.fr, […]

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