Les quartiers culturels : une fabrication politique ou d’authentiques lieux de culture ?

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Dans le cadre des Échanges urbains, une série de conférences offertes par Héritage Montréal  et le Musée McCord, un panel de trois professionnels et spécialistes de la culture est venu échanger le 11 mars dernier sur la construction – qu’elle soit politique ou sociale – de quartiers culturels. Guy Bellavance, professeur, INRS Centre Urbanisation Culture Société, Alexandre Taillefer, associé principal, XPND Capital et président du Musée d’art contemporain de Montréal et Marie-Claude Lortie, columnist à La Presse ont par conséquent eu à cœur de décortiquer l’histoire, la création et le développement de quartiers culturels à Montréal.

Les Échanges urbains, une série de conférences pour parler et voir la ville autrement

Fondé en 1975, Héritage Montréal est un organisme à but non lucratif dont la mission est la promotion et la protection du patrimoine architectural, historique, naturel et culturel du Grand Montréal, de ses quartiers et de ses communautés. Au cœur d’un vaste réseau de partenaires, Héritage Montréal agit par l’éducation et la représentation pour faire connaître, mettre en valeur, préserver l’identité et les spécificités de Montréal ainsi que d’encourager un développement urbain de qualité dans la métropole.
La première conférence de la série 2014-2015 tenue à l’automne dernier, portait sur les rues commerçantes et la promenabilité afin d’intéresser et de mobiliser les montréalais à l’urbanisme et au patrimoine de la métropole. Ces conférences, qui se tiennent au Musée McCord, font intervenir trois spécialistes d’un domaine particulier afin qu’ils apportent un autre regard et un autre discours sur le sujet qui leur est proposé.

: Guy BELLAVANCE, Marie-Claude LORTIE, Alexandre TAILLEFER. Photo : Héritage Montréal

: Guy BELLAVANCE, Marie-Claude LORTIE, Alexandre TAILLEFER. Photo : Héritage Montréal

C’est ainsi que Guy Bellavance intervenait en tant que spécialiste de l’action des pouvoirs publics de par son expérience des publics culturels et sa maîtrise des enjeux du développement et des pratiques culturels. Alexandre Taillefer, quant à lui, apportait son regard d’homme d’affaires très impliqué dans la gestion d’organismes culturels (il est président du MACMTL et de Montréal, métropole culturelle) et de collectionneur. Marie-Claude Lortie, enfin, est passionnée par les bienfaits des arts et de l’architecture dans les relations sociales, et notamment celles hommes-femmes.

Qu’est-ce qu’un quartier culturel ?

Selon Guy Bellavance, un quartier culturel est quelque chose de paradoxal, une réalité volatile car peu ou pas géolocalisable. On en perçoit l’unité grâce à une certaine ambiance ou une atmosphère mais il est difficile pour autant d’en tracer les frontières. Si on se limite à la concentration d’artistes habitant dans certaines zones urbaines du fait de la vitalité artistique et culturelle qu’ils peuvent générer, on remarque un glissement du centre (à Montréal) des installations et de la création des ateliers. Selon lui, les quartiers culturels sont issus de la mobilisation et de la revendication citoyenne qui a souhaité à la fois dynamiser des anciens corridors industriels urbains mais aussi échapper à la centralisation du Quartier des spectacles (une zone d’1 km2 dans le centre-ville de Montréal qui concentre plusieurs salles de spectacles comme l’Opéra de Montréal, les Grands Ballets, l’Orchestre symphonique de Montréal, le Musée d’art contemporain de Montréal, etc.).
Cette mobilisation a ensuite conduit à une gentrification puis à une homogénéisation culturelle et sociale, poussant les artistes à se déplacer vers le nord et le sud-ouest. Ainsi, à Montréal, les quartiers culturels sont géographiquement et sociologiquement cohérents.
Alexandre Taillefer insiste quant à lui sur le fait que le bonheur aujourd’hui passe par la proximité que la population peut avoir les les « 3 C », selon la théorie développée par l’urbaniste Jeff Speck :

  • le commerce,
  • la culture,
  • la conversation

Le quartier est une zone de vie et représente ce que les gens sont capables d’effectuer à pied. Enfin, selon lui il y aurait plusieurs types de consommation culturelle. La concentration culturelle n’est pas nouvelle à Montréal, ni dans d’autres villes occidentales par ailleurs. On connaît bien le Museum Mile à New York ou encore l’île aux musées de Berlin. Cette concentration, souvent historique, est une concentration de destinations. Le Quartier est spectacles est un quartier culturel, de vie et de commerce important à Montréal. Cependant, il faut fournir une consommation culturelle régulière afin que les publics aient l’habitude de consommer la culture.

Il faut adapter des zones de vie à la culture. Les gens sont à la recherche de racines de gazon.

Alexandre Taillefer

Enfin, selon Marie-Claude Lortie, une ville devient culturelle grâce au dynamisme de son milieu artistique et de l’envie des personnes de consommer de la culture. La mixité d’une ville est ce qui la rend culturelle. Marie-Claude Lortie finit en soulignant que c’est une très mauvaise idée de construire des choses et des quartiers de toutes pièces, en prenant l’exemple de la politique touristique de la ville de Flint aux États-Unis décrite dans le film Roger et moi de Michael Moore. Dans ce documentaire, on y voit en effet l’office de tourisme local faisant la promotion d’un festival, d’un parc d’attraction autour des voitures, la construction d’un hôtel Hyatt… alors que la ville est en train de vivre la vague de licenciements dans le domaine automobile la plus lourde de son histoire.

 

Grâce aux Échanges urbains, Héritage Montréal et le Musée McCord contribuent de belle façon à l’éducation et la sensibilisation des Montréalais autour de problématiques urbaines, culturelles et patrimoniales : la salle était pleine et ce n’était pas pour le cocktail de clôture !

Verre de l'amitié suivant la conférence. Photo : Héritage Montréal

Verre de l’amitié suivant la conférence. Photo : Héritage Montréal

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