Amazon : un acteur incontournable du marché de l’art ?

Nombreux sont ceux qui ont appris au mois d’août que le pure-player Amazon lançait une plateforme de vente d’oeuvres d’art en ligne grâce à des galeries partenaires. Ce n’est certes pas la première galerie d’art virtuelle à voir le jour : la salle des ventes Christie’s vend en ligne depuis janvier dernier, la galeriste Nathalie Obadia dit qu’elle réalise une vente sur cinq par Internet, ArtFinder, qui s’est métamorphosé, passant d’une site- galerie virtuelle avec possibilité d’imprimer des reproductions à une galerie en ligne [NDLR: modifications ajoutées le 10/10/2013], Art.sy et bien entendu Artsper, un site français mais aux galeries bien moins connues que ses concurrents et donc présente un panier moyen plus bas (2 500 euros). Et il semblerait qu’ils aient raison de se lancer ainsi sur la toile, car selon une étude de l’assureur Hiscox, 64 % des collectionneurs ont acquis des œuvres en un clic, sans les avoir vues physiquement…

Extrait de l'infographie de l'étude Hiscox Art'Tactic DR

Extrait de l’infographie de l’étude Hiscox Art’Tactic DR

Afin de mieux comprendre la stratégie d’Amazon, nous avons donc interviewé Erik Farleigh, le responsable des relations presse du pure player.

Amazon Art - Page d'accueil de la plateforme © Amazon

Amazon Art – Page d’accueil de la plateforme © Amazon

Qu’est-ce qui a poussé Amazon à se lancer sur le terrain des oeuvres d’art, qui auparavant étaient un peu la chasse gardée d’Ebay ?

En fait, Ebay fonctionne principalement avec des enchères, tout comme d’ailleurs Christie’s Live. Et ce n’est pas ce que nous faisons. Nous nous sommes lancés dans cette expérience tout simplement parce que nous avons eu beaucoup de retours de clients sur un marché en ligne d’oeuvres d’art. Nous avons par conséquent estimé que cela permettait à nos clients d’enrichir leur expérience sur notre site.

Avez-vous pour mission de devenir les nouveaux distributeurs de grandes oeuvres d’art ?

Nous sommes avant tout un pure-player. Nous souhaitions pouvoir offrir de l’art à chacun de nos clients. C’est pour cela que 95% de nos oeuvres actuellement en ligne sont à moins de 10 000 $ (soit environ 7 000 euros [NDLR]). Il fallait que nous puissions proposer un prix d’entrée pour chaque client et ce, de façon globale. Nous nous adressons à tous les clients dans le monde. C’est ainsi que nous avons des partenariats avec des galeries très différente afin de pouvoir proposer un vaste catalogue.

Que répondez-vous à vos détracteurs qui disent que cette plateforme risque à terme de porter atteinte aux galéristes de la même façon que cela été le cas avec les libraires ?

Tout d’abord, la situation est différente ici puisque nous parlons d’oeuvres qui, si elles ne sont pas uniques, sont numérotées et dont le prix est fixé par la galerie (cela est le cas également avec les libraires). Amazon n’intervient pas dans la sélection des travaux proposés. Quant aux frais de livraisons, ils varieront selon l’oeuvre.

Comment travaillez-vous sur la fraude, sujet assez sensible quand on vend des oeuvres d’art ?

Nous voulons absolument travailler avec des galeries et des marchands d’art respectés et connus dans leur milieu. Avant toute acceptation, ils doivent passer par un système de pré-vérification que nous validons ensuite au cas pas cas. La réputation est quelque chose qui leur est précieux, c’est donc une donnée sur laquelle nous pouvons compter. Bien entendu, vis-à-vis du consommateur, nous offrons toujours notre politique de retour ou de plainte sous 14 jours. Nous voulons que les internautes puissent naviguer et acheter avec confiance sur notre site, c’est pour cela que nous proposons des garanties fortes et que nous sommes très attentifs aux tentatives de fraudes.

Quel bilan faîtes-vous du lancement deux mois après ?

Nous avons eu des retours très positifs de la communauté artistique et des clients qui nous permettent d’améliorer continuellement le site, ce dernier n’étant absolument pas statique. Quant au niveau des habitudes des consommateurs, les premiers clients provenaient essentiellement des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni et des Pays-Bas – du fait sans doute de la présence de nos galeries partenaires. Nous comptons bien entendu conquérir les autres marchés occidentaux. Enfin, il faut savoir que plus de 400 000 galeries nous ont contactés depuis le lancement, ce n’est donc que le début.

Et au niveau du chiffre d’affaires ?

Nous ne communiquons pas publiquement sur nos chiffres d’affaires. Sachez seulement que nous en sommes ravis.

Bref…

Comme l’illustre cet interview, la situation est radicalement différente pour Amazon et ses commerçants partenaires quand on compare librairie en ligne et galerie d’art en ligne.

En effet, autant le pure-player a fait du dumping sur le prix de la livraison avec les libraires issus des pays avec un prix uniques du livre, autant la situation est radicalement différente sur le marché de l’art. Bien entendu, du fait de la clientèle d’Amazon, les galeries partenaires ne vont pas forcément insister sur des oeuvres de jeunes artistes ou de découvertes, mais bien plus sur des symboles. Au niveau des prix, la fourchette est large avec des prix démarrant à moins de 10 dollars et pouvant atteindre 35 000 dollars pour un exemplaire  du célèbre tableau Campbells’ Soup Cans, de Warhol voire plusieurs millions de dollars comme pour le tableau « Willi Gillis » de Norman Rockwell à 4.8 millions de dollars ou « Hamburger Michel » de Warhol à 1.4 millions de dollars ! D’ailleurs ce n’est pas pour rien que le pure-player a divisé les oeuvres selon des catégories pas toujorus très orthodoxes mais très efficaces au niveau de la vente:

Catégories sur Amazon Art © Amazon

Catégories sur Amazon Art © Amazon

En même temps, on ne demande certes pas à un pure-player (entreprise ayant démarré et exerçant dans un secteur d’activité unique. L’expression est toutefois popularisée pour désigner les entreprises œuvrant uniquement sur Internet et est souvent définie comme telle) de faire de la médiation auprès du public. Cependant j’entends déjà les cris d’orfraie de certains, même s’il faut reconnaître que c’est efficace.

Bref, Amazon s’annonce comme un acteur important voire incontournable (l’avenir nous le dira) du marché de l’art. Chose intéressante à noter, puisque le site ne fait pas d’enchères, peut-on en déduire qu’il souhaite oeuvrer en marge de la spéculation propre à ce marché ?

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2 Commentaires

  1. Aude MATHEY
    10 octobre 2013 at 23:03 Répondre

    Petites modifications complémentaires suite à l’envoi d’un courriel de François-Xavier Trancart, DG d’Artsper (merci de nous lire) :
    – le panier moyen d’Artsper est supérieur à celui d’Amazon ;
    – les galeries Baudoin Lebon, Vidal St Phalle , Aeroplastic, Lazarew qui sont partenaires d’Artsper ne sont pas moins connues que celles d’Amazon ou celle de Nathalie Obadia.
    Toutes mes excuses.

  2. e-commerce de l’art : zoom sur les plateformes de ventes en ligne | CS22-Cnam-ADBS
    5 janvier 2014 at 23:53 Répondre

    […] • A l’opposé, Amazon Fine Art, lancé en août dernier. Le pure player propose à la vente plus de 40.000 œuvres d’art d’environ 150 galeries et négociants. Selon la formule d’Art Media Agency « l’art n’est plus réservé à de prestigieuses salles des ventes de Christie’s et Sotheby’s, mais prêt à s’ajouter dans votre panier à vos livres, DVD, bijoux et autres kits pour gâteaux » (3). Erik Farleigh, le responsable des relations presse, précise : « nous souhaitions pouvoir offrir de l’art à chacun de nos clients. C’est pour cela que 95% de nos oeuvres actuellement en ligne sont à moins de 10 000 $ […]. Nous nous adressons à tous les clients dans le monde. C’est ainsi que nous avons des partenariats avec des galeries très différentes afin de pouvoir proposer un vaste catalogue » (4). […]

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