La culture pour qui ?

Un article de Clarisse Fabre, Le Monde, édition du 06/02/2011

Les syndicats du spectacle vivant avaient promis de perturber la journée de débats consacrée au nouveau slogan du ministère de la  culture : “La culture pour chacun”. Vendredi 4 février, le Forum culture 2011 organisé à la Grande Halle de La Villette a été bloqué jusque vers 11 heures, à l’appel de la CGT-Spectacle, du Syndeac (directeurs de scènes nationales, de centres dramatiques nationaux, etc.), de la Coordination des intermittents et précaires, etc.

 

Avec Frédéric Mitterrand, il n’est plus question de “culture pour tous”, mais de “culture pour chacun”, formule officialisée dans une note signée par un conseiller du ministre de la culture, à l’automne 2010.
Quelques lignes avaient choqué : “Une certaine idée de la culture, répandue dans les composantes les plus diverses de la société, conduit, sous couvert d’exigence et d’excellence, à un processus d’intimidation sociale.” La colère est toujours là : “On a réussi la démocratisation culturelle dans la mesure des moyens qui nous ont été donnés !”, riposte François Le Pillouër, président du Syndeac. 

Pour arrondir les angles, la Rue de Valois a délayé son slogan : “Culture pour tous, pour chacun, partagée”, lit-on sur la banderole du Forum. Après les tables rondes, M. Mitterrand s’est exprimé. Des annonces ? A- t-il expliqué “la culture pour chacun” ? Rien de cela. Ce furent quarante minutes plutôt laborieuses. “J’ai retenu la volonté de débattre, s’écouter, parler (…), avant de prendre des décisions. Nous avons appris à mieux nous rencontrer, à mieux nous connaître. Nous garderons le souvenir d’une véritable chance pour parler et rencontrer l’autre”, etc.

 

Mais encore ? Le ministre veut “présenter les pratiques amateurs dans les lieux professionnels”. Il a suggéré d’offrir “un livre aux jeunes mariés”, comme Les Fables de la Fontaine, ou Les Misérables, de Victor Hugo. C’est “un peu décousu”, a-t-il admis. Et puis cela a déjà été mis en oeuvre par Valéry Giscard d’Estaing quand il était président de
la République (1974-1981), sans convaincre, et l’expérience avait tourné court…

 

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