La soirée au musée…

Un rapport commandé par Bertrand Delanoë en 2010 sur le statut des musées révèle toute la lourdeur des musées municipaux. Leur lourdeur administrative est telle qu’elle étouffe les opérations de communication autour des grandes expositions, empêche toute flexibilité (notamment au niveau des horaires d ‘ouverture), génère du manque à gagner aussi bien en billetterie qu’en catalogues et rebute les mécènes qui ont peur de voir leur financement attribué à une autre ligne d’investissement que celle précédemment choisie…

 

Bref, les musées de la Ville de Paris semblent inadaptés à la visite du public. En effet, alors que ce dernier réclame des horaires plus en adéquation avec les heures de bureau, le principe du volontariat et le statut-même de ces musées empêchent toute réactivité de l’administration.

 

Ainsi, pour l’exposition Yves Saint Laurent au Petit Palais, les caisses fermaient à 17h15 et il n’y eut qu’une nocturne exceptionnelle le 28 août. Cependant, d’autres musées, également municipaux, comme le musée des Beaux-Arts de Lyon organisent des nocturnes une fois par mois et le statut est le même que les musées de la Ville de Paris. Alors d’où vient la différence ?

 

L’expérience du MBA de Lyon

 

Nous avons interviewé Nathalie Falgon-Defay, responsable du service culturel du Musée des beaux-arts de Lyon, à ce sujet.

 

L’idée des nocturnes date de la rentrée 2009. Le service culturel souhaitait à l’époque cibler les jeunes actifs et les familles d’une façon différente, de manière à ce qu’ils puissent pleinement vivre et découvrir les collections du musée tout en étant détendus. Le musée avait déjà tenté précédemment des nocturnes avec une ouverture simple des expositions, c’est-à-dire sans animation spécifique. Malheureusement, ce fut un échec. Le public se déplaçait pas ou peu.

 

Du fait de l’animation actuelle des expositions, le visiteur est complètement pris en main par l’équipe du musée. Les animations se succèdent. Deux horaires sont prévus le vendredi soir : 18 et 22h de façon à aider à la circulation du public, le dernier nocturne a en effet vu se déplacer 500 personnes !

 

Comment se déroulent ces soirées au musées ?

 

Chaque nocturne a pour but de faire découvrir une partie de la collection du musée. Le public est par conséquent concentré dans un espace (en gros 1/3 ou 1/4 du musée). Les galeries ouvertes au public pour chaque soirée obéissent à une cohérence chronologique, notamment, cohérence que l’on retrouve dans le fil conducteur des animations via la lecture de contes ou encore l’intervention d’artistes. Ces soirées amènent le public à découvrir la collection et la valoriser autrement.

 

Par exemple, le département des objets d’arts et du médailler, un département très peu visité et connu du grand public, a fait l’objet d’un nocturne dernièrement, le fameux où 500 personnes se sont déplacées !! La thématique menait le visiteur sur les chemins d’Orient. Comme quoi l’invitation au rêve et au voyage déplace les foules !

 

L’entrée est à tarif unique : 5€ (sauf pour les publics bénéficiant de la gratuité). Il n’y a aucune réservation préalable, suite aux lourdeurs de gestion en amont lors des précédentes expériences. Les interventions et les animations sont brèves : pas plus de 30 minutes de façon à ce que les visiteurs puissent visiter les collections sans s’appesantir.

 

Il y a toujours un intervenant extérieur au musée (musicien, comédien, conteur, spécialiste de l’histoire de la photographie…) ainsi que deux médiateurs-conférenciers du service des publics. Chacun d’eux choisit une oeuvre autour de la thématique préalablement définie, qu’il commente. Chaque intervention est bien entendu une interaction avec le public qui participe, pose des questions… Et enfin, de temps en temps, le conservateur en charge du département concerné présente son métier et sa collection au public.

 

Comment gérer ces nocturnes ?

 

Comme pour les musées de la Ville de Paris, le Musée des beaux-arts de Lyon est un établissement municipal à caractère culturel. La mobilisation du personnel se fait par conséquent sur le volontariat des agents du patrimoine titulaires. Par conséquent, pour chaque soirée, une dizaine de personnes entre la sécurité, la médiation et la billetterie est présente pour l’accueil du public.

 

Le public étant particulièrement détendu lors de ces soirées, l’ambiance est tout de suite plus conviviale, plus familiale. Selon Nathalie Falgon-Defay, cette ambiance valorise de fait les agents, le public s’intéresse autrement à la collection, s’interroge et échange avec le personnel. Par conséquent, en plus d’un objectif de développement des public atteint, les soirées participent à la communication interne et à une certaine fierté d’être agent du patrimoine au MBA.

 

Selon madame Falgon-Defay, “le musée devient un lieu de vie”.

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Un commentaire

  1. Philippe Gimet
    7 février 2011 at 22:31 Répondre

    En fait, il me semble important de préciser que si les 14 musées de la ville de Paris vont passer sous un statut unique d’établissement public, afin de pallier les lourdeurs de gestion, faciliter leur fonctionnement et mieux accueillir le public, ils sont actuellement gérés directement par la municipalité à la direction des affaires culturelles (DAC). Mi janvier 2011, Christophe Girard, adjoint à la Culture, a présenté le projet de la mairie de créer d’ici mi-2012 un établissement public fédérant l’ensemble des établissements.
    Les horaires d’ouverture sont effectivement un point noir des musées parisiens et pour la Ville, récemment épinglés dans la presse pour n’être pas assez en phase avec le rythme de la ville. A la Ville de Paris, on indique qu’ils “pourraient faire l’objet d’une réflexion”. Au MAM par exemple, les caisses ferment effectivement à 17H15, sauf lors des nocturnes le jeudi. Son responsable M. Hergott a indiqué prudemment que “les horaires seront une réflexion à mener avec le personnel et les organisations syndicales”, mais que la ville de Paris continuera toutefois à gérer la carrière des agents des 14 musées.
    Sur cette question toujours, dans un communiqué du Supap-FSU, syndicat majoritaire dans les musées de la ville, on juge que le “transfert vers un Etablissement Public Autonome (EPA) est une étape vers une marchandisation de la culture”. Le syndicat redoute l’extension des horaires de travail et craint “une privatisation du bien public à travers des soirées privées ou événementielles”.
    La question est donc loin d’être réglée à Paris…

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