Le financement participatif vu par un professionnel du mécénat

Après le musée du Louvre, c’est le Centre des monuments nationaux (CMN) qui s’est mis au crowdfunding (comprendre “financement participatif”).

Quoi de mieux que de demander à Matthieu Juin-Levite, chef du département mécénat au CMN, de nous dresser un bilan de l‘opération menée conjointement avec MyMajorCompany quatre mois après son lancement le 6 novembre 2012 ?

Petit rappel sur les origines du projet

En décembre 2011, MyMajorCompany se rapproche du Centre des monuments nationaux suite à la publication d’appels à projets sur la thématique de services culturels numériques innovants par le Ministère de la culture.

A l’époque, tous les projets sélectionnés par la suite par le CMN pour le partenariat avec MyMajorCompany avaient déjà été budgétisés (contrairement à ce qui se pratique au musée du Louvre où les projets ne sont lancés que si des fonds ont pu être levés). L’argent ainsi récolté permet faire glisser le budget en surplus sur des projets jusque-là non prioritaires.
Leur sélection s’est faite de façon assez simple :

  • le Panthéon avait un besoin urgent de restauration et son positionnement en tant que lieu emblématique le faisait passer pour prioritaire ;
  • le Mont Saint Michel est lui aussi un lieu emblématique. Sa restauration intervient également au même moment que les grands travaux de désensablement ;
  • pour ce qui est du Parc de Saint Cloud, l’opération “Adoptez une statue” avait déjà été lancée et avait besoin d’un petit coup de pouce ;
  • Et enfin, la Dame Carcas de Carcassonne permettait de cibler un autre projet en province.

Rapide état des lieux

Il faut tout de même rappeler que l’opération menée conjointement avec MyMajorCompany n’est pas le premier essai du Centre des monuments nationaux dans le domaine du financement participatif. En effet, deux autres projets avaient vu le jour : l’un avec le château d’Angers grâce à la Fondation du Patrimoine et l’autre concernait l’opération “Adoptez une statue” du Parc de Saint Cloud.

Selon Matthieu Juin-Levite, l’état des lieux est plutôt positif. Il a en effet permis de faire connaître les monuments (surtout le parc de Saint Cloud et Carcassonne) et de provoquer  immédiatement des retombées médiatiques fortes, qu’elles soient françaises, britanniques ou encore américaines !

A début février, on pouvait comptabiliser plus de 2 000 donateurs. En 2012, le CMN a émis 1 500 reçus fiscaux (soit sur une durée de moins de deux mois !). Le montant le plus couramment donné est de 30€, ce qui représente une dépense – après abattement fiscal – de 10 € pour le donateur individuel.

Cette opération a également permis pour les monuments concernés de constituer un fichiers d'”amis” afin de les inviter à des événements en avant-première (en compensation, selon le montant, de leur don), de les informer sur l’actualité de la restauration et les projets du monument qu’ils ont contribué à soutenir. Ce projet a contribué à professionnaliser les actions de mécénats des différents monuments et à sensibiliser les administrateurs des monuments dans cette démarche. Le Centre des monuments nationaux met ainsi à leur disposition des outils d’accompagnements, de communication ciblée, de conventions de mécénat, etc.

A l’heure actuelle, seuls le Panthéon et le Mont Saint-Michel ont dépassé les prévisions les plus optimistes.  Leur jauge (montant en-deçà duquel le porteur de projet doit rembourser les donateurs)  était placée à 5 000 € (par monument). Le premier en a récolté 55 413  et le deuxième 17 548 € (le CMN vise les 20 000 € au bout de 6 mois). Pour Carcassonne, le CMN a bon espoir d’atteindre son objectif de 20 000 € dans deux mois. Dame Carcas a fait l’objet de 11 742 € de dons. Enfin, quant au Parc de Saint Cloud, il semblerait que l’adoption des statues soit difficile. Le parc n’a récolté que 3 148 € sur les 10 000 € attendus.

Enfin, il est indispensable que la plateforme de financement participatif gère tout le backoffice et le service “après-vente”, le CMN n’ayant absolument pas de personnel à dédier à cela.

Quels projets ?

Le Centre des monuments nationaux, suite au succès de certains gros dons (c’est Carcassonne qui détient la palme avec 2 500 € par carte bancaire, le Mont Saint Michel suit avec 1 500 € également versé en CB. Les deux montants auraient été versés par le même généreux donateur !) envisage de créer de nouveaux tiroirs de compensation pour les dons supérieurs à 500 €. Cela n’avait, en effet, pas été envisagé.

De plus, le CMN envisage différentes façons de développer et échanger avec ces nouvelles communautés d’amoureux du patrimoine. Les donateurs sont en effet souvent des locaux. Il est donc important de réfléchir à des outils de communication adaptés. Une société des amis sera-t-elle créée au niveau du CMN ou pour chaque monument ou les deux ? (en sachant que certains monuments ont déjà une société des amis très active et que d’autres ont très peu de personnel permanent).

Le Centre des monuments nationaux réfléchit également à lancer de façon régulière un à deux projets par an faisant appel au financement participatif, et notamment sur des plateformes étrangères. Pourquoi pas, en effet, faire appel à des donateurs individuels pour le Mont Saint Michel et la Villa Savoye sur une plateforme japonaise, ces deux monuments étant très prisés par les touristes du pays du soleil levant ?

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2 Commentaires

  1. Lucie
    9 avril 2013 at 14:42 Répondre

    Bonjour,

    Je réalise mon mémoire de fin d’étude sur le crowdfunding et les musées. Pourriez-vous prendre 5min et répondre à ce questionnaire ?

    https://docs.google.com/forms/d/1Y6m_G3IcUTcoS2xn6vUbQja217KPcnQdnFQ1wJ7Fg0w/viewform

    Cela m’aiderait beaucoup.

    Merci

    Lucie

    • Aude MATHEY
      10 avril 2013 at 17:39 Répondre

      Bonjour Lucie,
      C’est fait !
      Bonne soirée,
      Aude

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