Petite chronologie du numérique dans les musées

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Les années 80 ont été marquées par la conception d’objets d’expositions de type interactif[i]. Les musées des sciences ont été précurseurs dans l’utilisation de ce genre d’outils expographiques car ils offraient la possibilité d’exposer des concepts, des idées, au-delà de la mise en exposition de l’objet authentique. Comme l’écrit Jean Davallon[ii], l’interactif témoigne du passage d’une muséologie d’objets à une muséologie d’idées où la venue dans les institutions muséales dépasse la rencontre des objets sacrés avec l’accès à des savoirs.  Ces ordinateurs représentaient les dernières technologies de l’époque et participaient de la motivation  à venir au musée : manipuler ces nouveaux outils high tech, toucher au boutons, être libre dans son parcours de visite…., autant d’aspirations pour des publics familiaux et scolaires de plus en plus centrés sur les besoins d’apprentissage et de ludique des enfants.

Mais l’entrée dans les foyers du multimédia a banalisé la présence des ordinateurs dans les musées et les expositions, d’autant que la course en avant de l’évolution technique positionne les institutions culturelles comme détentrices de versions toujours moins performantes que celles dont disposent les visiteurs chez eux[iii].

Ainsi l’usage du multimédia dans les expositions a ensuite manifesté une autre ambition : utiliser ces outils technologiques non plus seulement comme de simples supports pédagogiques mais comme des éléments d’exposition qui permettraient de proposer aux visiteurs des environnements intelligents. L’idée fut alors de proposer une expérience de visite mémorable, inédite, sensationnelle renforçant le sentiment complexe chez le visiteur de vivre dans un certain « espace-temps » et d’avoir de la chance « d’être là à ce moment-là ».  Ceci a donné lieu à des scénographies spectaculaires, mobilisant les sens des visiteurs. Ce fut alors la mode des dispositifs immersifs[iv] qui, englobant le visiteur dans un univers inédit, lui promettait un véritable voyage numérique, ou encore les mises en scènes intelligentes où la simple présence du visiteur pouvait modifier l’environnement immédiat. L’intensification de la visite s’est également manifestée par l’usage d’appareils de plus en plus sophistiqués qui permettent une lecture plus dynamique des objets, comme les dispositifs de réalités augmentées de type cave et les audioguides remplacés progressivement par des supports multimédias et des outils de communications comme les tablettes tactiles ou smartphone qui permettent d’offrir du son, des images, des vidéos…

La révolution internet a également permis un pas supplémentaire dans l’apport du numérique pour les propositions muséales : non plus celui seulement d’agrémenter l’expérience de visite par des outils toujours plus performants, mais surtout de la dilater dans le temps en proposant des offres qui préparent et surtout qui prolongent cette expérience hors les murs. Ceci donne lieu au profilage des publics en amont d’une visite, à la possibilité de refaire son parcours d’exposition ensuite sur le site, à podcaster une partie des contenus juste exposés. L’offre muséale est alors une offre totale où la présence d’une visite dans l’enceinte de l’institution n’en constitue désormais qu’une partie.

Mais le numérique au musée s’inscrit également dans les changements plus politiques comme ceux de l’accès aux savoirs et des rapports de légitimité avec  l’idée d’une « présupposition d’égalité »[v] entre la parole des visiteurs et celle du musée. La posture des institutions muséales n’est plus seulement de diffuser du contenu mais d’intégrer les multiples paroles et d’organiser, en tant que plateforme d’échanges, les différentes interactions et rencontres.  Modification des postures et des pratiques, modification du statut des publics : ce ne sont plus des publics à qui on s’adresse et auxquels on offre du contenu mais des publics experts qui participent à la coproduction du contenu. Ceci donne lieu à la mise en œuvre du Web 2.0 sur les sites des musées où des blogs, des réseaux sociaux proposent un autre type de relation avec les visiteurs où l’institution muséale propose des discours plus transparents (les coulisses d’une réserve), des propos plus subjectifs (ce que le visiteur a apprécié, les photos qu’il souhaite partager, les difficultés d’un conservateur dans sa gestion des collections etc.), de modérer et de contribuer à une discussion au même titre que tous les participants.

Dans les conclusions des Rencontres de lancement de l’Observatoire du Patrimoine et de la Culture Scientifiques et Techniques[vi], il est apparu que le web pour les musées est un révélateur d’un changement de paradigme de ces structures. En effet, le numérique ne se révèle plus comme un simple outil de médiation complémentaire aux outils plus classiques (exposition, médiation présencielle, édition etc.)  mais comme une nouvelle façon pour les musées de penser leurs missions, les publics et de s’organiser…

Florence Belaën
Responsable de l’Observatoire du Patrimoine et de la Culture Scientifiques et Techniques – OCIM

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[i] Entendu ici au sens de borne informatique constituée d’une base de données proposant plusieurs parcours possibles à travers de vastes arborescences à travers une interface conviviale.

 

[ii] DAVALLON J. (1992). « Le musée est-il vraiment un média ? », in Publics&Musées, 2, p. 99-123.

[iii] BELAËN F. (2003). « L’exposition, une technologie de l’immersion », p. 98-101, inMédiamorphoses, L’exposition comme média , N° 9, sous la dir.  de Joëlle Le Marec, Paris : INA, novembre.

[iv] BELAËN F. (2005). « La muséographie d’immersion dans les musées des sciences : instrument de médiation ou nouvel outil marketing ? », in Culture&Musées, Du musée au parc d’attraction, N°5, sous la dir. de Serge Chaumier.

[v] CARDON D. (2009). « Vertus démocratiques de l’Internet », inhttp://www.laviedesidees.fr/Vertus-democratiques-de-l-Internet.html

[vi] Voir les actes-vidéos des Rencontres de lancement de l’Observatoire du Patrimoine et de la Culture scientifiques et techniques, novembre 2009. http://www.ocim.fr/Evenement-fondateur-pour-l-OPCST


 

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Un commentaire

  1. Petite chronologie du numérique dans les musées | Institution culturelles et technologies digitales | Scoop.it
    15 septembre 2011 at 13:43 Répondre

    […] Petite chronologie du numérique dans les musées des sciences ont été précurseurs dans l’utilisation de ce genre d’outils expographiques car ils offraient la possibilité d’exposer des concepts, des idées,… Source: https://www.culture-communication.fr […]

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