Quand naquit la publicité

L’exposition “Art pour tous – promenade graphique au coeur des transports britanniques 1913-1970” est une excellente surprise.

Pour qui ne connaît pas le musée de l’imprimerie à Lyon, il faut savoir que c’est un musée municipal coincé dans une petite traboule au détour d’une ruelle en plein coeur de la Presqu’île. L’exposition permanent y présente la naissance de l’imprimerie, ses différentes techniques et les métiers gravitant tout autour de façon assez archaïque (on sentirait presque l’odeur de la poussière) mais intéressante si on arrive à saisir le sens de la visite…

Pourtant, pour cette exposition, une mini-révolution est en marche. En effet, la SNCF est partenaire de  l’exposition “Art pour tous”. Elle a par conséquent prêté au musée plusieurs affiches réalisées par de grands graphistes européens pour son 70ème anniversaire en 2008. Ces affiches sont diffusées en plein coeur de l’exposition permanente, ce qui dynamise un peu l’atmosphère !

Winter sales are baser reached by the underground, 1922, Edward Mcknight Kauffer
Copyright : London Transport Museum
Photo : British Centre for Art

Passons à l’expo. Pourquoi avoir choisi de traiter la publicité dans les transports britanniques au début du XXème siècle. Tout simplement parce que c’est à cette période avec l’émergence de la société de consommation, l’extension des réseaux de chemins de fer britanniques et la venue des congés payés (oui oui), que ces dit chemins de fer ont éprouvé le besoin de communiquer, et ce de façon artistique, en direction du grand public.

De fait, l’importance des affiches comme oeuvres d’art était reconnue quand elles étaient accrochées comme telles (et on le voit d’ailleurs au musée de l’imprimerie), mais elles ont d’abord et avant tout créées à des fins pratiques et commerciales.

Ce fut la compagnie London and North Eastern Railway (LNER) qui commandita les affiches les plus remarquables. Cette compagnie a en effet révolutionné le monde de la publicité à l’époque. William M. Teasdae, le directeur de la publicité chez LNER, avait défini une rémunération minimum pour 5 artistes afin qu’ils effectuent des affiches publicitaires ferroviaires pour la LNER.

Salturn-By-The-Sea, LNER Poster, 1923-1929
by: Henry George Gawthorn

Les principales communications concernent les destinations en bord de mer. La LNER ciblant le Nord-est de l’Angleterre, elle avait à faire avec un public ouvrier, désireux de s’évader à moindre prix. Les affiches ont donc ciblé ces messages. Caractéristique très astucieuse, les compagnies ferroviaires (la LNER comme les autres d’ailleurs) partageaient le coût de ces réalisations avec les collectivités de destination. Enfin, les compagnies ferroviaires possédaient souvent des hôtels en bord de mer. Une façon comme une autre de bénéficier de cette mutualisation des coûts…

Contrairement aux compagnies ferrovaires, l’Underground ne partageait pas les coûts de ses campagnes d’affichages avec d’autres structures.

La première année de campagne pour le Tube fut en 1908. La moitié des affiches mettaient en avant des coins où il faisait bon vivre hors de Londres, mais toujours à un saut de puce du centre de Londres grâce à l’Underground. Toutes les autres communications traitent de lieux touristiques (Zoo, Tower of London), d’événements (les soldes d’hiver, Noël) ou tout simplement l’auto-promotion du réseau et des principaux points d’intérêt de la ville (No Need To Ask A Policeman, John Hassel 1908).

Quel que soit le commanditaire, ces affiches devaient toute répondre à certaines caractéristiques : aller droit au but (cibler le message), réduire au maximum le nombre de couleurs et les passages à la presse. Tout cela bien entendu pour des questions de coût et de reproduction rapide à grande échelle.

La période des années 20 et 30 est la plus faste. Elles représenteront les années glorieuses de la publicité des transports ferroviaires britanniques. Hommes et femmes (environ 164  pour l’Underground !) furent employés pour créer des affiches originales et artistiques. Ce fut après la Seconde guerre mondiale, lorsque les compagnies ferroviaires collaborent pour créer leurs affiches afin de mutualiser les coûts qu’elles commencent à perdre en originalité. A partir des années 70, la créativité et l’originalité se fondent dans le moule publicitaire que l’on connaît aujourd’hui. Alors qu’au début du siècle designers et artistes collaboraient pour réaliser des affiches à a fois artistiques et commerciales, aujourd’hui il nous faut débuter par le concept. Les affiches sont moins graphiques que significatives.

Jusqu’au 13 février 2011 au Musée de l’imprimerie

Horaires d’ouverture (hélas ! pensez à acheter le catalogue de l’exposition avant de faire l’exposition… la billetterie ferme tôt !)

Individuels : mercredi au dimanche inclus, 9h30-12h et 14h-18h
Groupes : tous les jours sur rendez-vous, 9h-12h et 14h-18h

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