Ramadan, lièvres et traditions

Au-delà  de son aspect spirituel, la période de ramadan est aussi une période de distraction pour les jeunes nigériens.

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Ce changement se répercute souvent sur certaines traditions, qui elles aussi tendent à  perdre de plus en plus leur importance. C’est le cas de « Tashe », dont chaque nigérien de campagne ou de la ville a  eu à  s’en réjouir dans sa tendre jeunesse.

Le Tashe en langue hausa, est une distraction passionnante à laquelle participent les enfants d’un même quartier. C’est une sorte de parade de marionnettes que pratiquent les enfants au cours du mois béni de ramadan. Elle débute généralement après le quinzième jour de ce mois. Ainsi, tous les soirs après le repas des jeûneurs, les enfants se réunissent chez l’un d’entre eux pour  choisir le type de d’accoutrement qu’ils souhaitent avoir. Par la suite, on désigne la personne qui va se déguiser. Par exemple, pour le rôle de Tobei Tobei qui signifie lièvre en français, on commence d’abord par préparer un produit, qui est une  solution blanchâtre généralement faite de kaolin qu’ils appliquent pour former de pointillés sur le corps de leur camarade. Par la suite, ils trouvent des objets insolites comme des chaussures usées, ainsi qu’un chiffon torsadé qui fait office de queue. Ainsi apparaît un véritable déguisement de l’enfant en lièvre.

Après les préparatifs chaque enfant se muni d’un récipient  et en groupe, ils sillonnent les quartiers de la ville ou village, de concession en concession. Leurs visites ne font l’objet d’aucune distinction de rang social. Ils vont partout, chez le riche comme chez le pauvre. Arrivés à quelques mètres de la porte d’une concession, un enfant donne le ton. Les autres l’accompagnent et dès cet instant l’enfant lièvre appuyé sur un bâton exhibe des pas de danse, tandis que les camarades tapent des mains. Au cours de cette prestation, les enfants formulent des voeux sur les habitants de la maison. Le chef de
famille satisfait des souhaits formulés par ces enfants à  travers leur chanson,  les récompense à  son tour par un cadeau qui va des carreaux du sucre, à  la mesure des céréales, des dattes ¦ Ainsi, toute la nuit ils vont de porte en porte formuler les mêmes souhaits aux chefs de famille qui  ne manquent jamais de manifester leur satisfaction. Cette distraction s’arrête à quelques jours de la fin de ramadan, notamment vers le 27 jour. Vient ensuite le moment du partage des cadeaux reçus. Un partage équitable dans la fraternité et l’esprit de camaraderie, mettant ainsi fin à  cette activité pleine d’ambiance qu’ils reprendront l’année suivante.  Dans le partage, l’âge et la participation importent peu.

Chaque région marque cette période de ramadan selon sa tradition. Le système est le même sauf dans l’accoutrement il y a une certaine différence. Les jeunes filles font leur groupe à  part et disposent d’un répertoire  typiquement féminin. Et les garçons tout comme les filles sont tenus de respecter le système et l’accoutrement de l’autre. Il n’appartient pas ainsi aux filles de se déguiser en lièvre. Voila un  esprit de fraternité qui règne jadis au sein de la jeunesse nigérienne.

Malgré la forte modernisation des villes et campagnes, cette tradition continue  encore. Chaque année, quelques enfants continuent à  se distraire, distraire et animer nos différents quartiers.

Sani Aboubacar

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