Repenser le musée pour ses visiteurs

“La Cité (re)faite pour vous plaire”… Après la campagne “Nous avons revu Orsay, tout est à revoir”, c’est à la Cité des Sciences et de l’Industrie d’effectuer sa mue. Contrairement au musée d’Orsay qui renouvelait ses espaces d’expositions, la Cité a, quant à elle, repensé intégralement ses espaces d’accueil et de circulation afin de mieux accueillir son public.

Le projet de la Cité des Sciences fait suite à l’initiative du président Valérie Giscard d’Estaing qui souhaitait une réhabilitation du quartier de la Villette et notamment de ses abattoirs. C’est en 1980 que sera confié à l’architecte Adrien Fainsilber la construction d’un musée des sciences et techniques. Elle ouvrira ses portes en 1986.

Vue de l'entrée côté Nord - Métro ©EPPDCSI-M Lamoureux

Dès la départ, l’entrée des visiteurs était prévue côté sud (côté Géode), car la Cité était pensée comme appartenant à part entière au Parc. Malheureusement, il est très vite apparu que les visiteurs arrivaient plutôt massivement du côté Nord et tout naturellement par le métro de Porte de la Villette. A l’époque et pendant longtemps, aucune signalétique ne permettait aux visiteurs de s’orienter et de trouver la sortie. Ils ne pouvaient que deviner que le grand bâtiment qui se trouvait devant eux était bien la Cité des Sciences et de l’Industrie mais devaient longer le bâtiment sur un parvis gris et froid afin d’en trouver l’entrée. Le calvaire continuait à l’intérieur. Les visiteurs pouvaient acheter leurs billets dans des caisses prévues à cet effet de part et d’autre de l’entrée. Leur laisser le choix de choisir leur file se mit à générer beaucoup d’insatisfaction pour le public et pour le personnel du musée, ce dernier ayant des difficultés à gérer l’attente et le flux qui se formaient à l’entrée.

Les visiteurs traversaient ensuite le hall du rez-de-chaussé pour accéder au vestiaire (une visite à la Cité prend en moyenne 3 heures) avant de revenir à leur point de départ pour se tourner enfin vers les escaliers menant vers les espaces d’expositions. Bref, ce constant mouvement de va-et-vient commença à devenir problématique.

Repenser un lieu pour son public

C’est en 2005 que Jean-Marc Bruel, président de la Cité des Sciences et de l’Industrie, vit arriver à grands pas la fête des 20 ans de la Cité. L’occasion dut donc toute trouvée de lancer une grande rénovation.

Le premier volet concernait l’offre de la Cité et a donné lieu à la rénovation de la Cité des enfants, du planétarium et à la refonte d’une partie des expositions permanentes.

Le deuxième volet avait pour but que la Cité se réapproprie le dernier quart de sa surface qui n’avait jamais été aménagé. Il a donné lieu à une AOT (autorisation d’occupation temporaire) permettant à un opérateur privé d’occuper moyennant investissements dans l’aménagement un tiers de cette surface pour la transformer en un “pôle de commerces et de loisirs dans le secteur du numérique et de la culture”, nommé Vill’up (livraison prévue mi 2014) précise Viviane Aubry-Charveriat, en charge des relations médias à la Cité.

Le troisième volet touche quant à lui à la rénovation de la Cité après des études sur son état et sa conformité avec le Grenelle de l’environnement. Ce volet a permis la création d’un plan d’action et d’un chantier sur une vingtaine d’année.

Vue de l'entrée Nord et du parvis ©EPPDCSI-M Lamoureux

Le quatrième volet, enfin, a trait à la transformation de l ‘accueil du public, sujet qui nous intéresse ici. Ainsi qu’on le mentionnait plus haut, le bâtiment n’était absolument pas adapté à la circulation du public. Ce dernier se plaignait notamment du manque de confort, de lisibilité mais surtout d’orientation dans l’espace. De plus, la Cité militant depuis sa création pour l’accessibilité, il était impératif que l’accueil du public handicapé se fasse dans les meilleurs conditions possibles. Valérie Izard, déléguée adjointe des Grands travaux d’aménagement et du développement durable d’Universcience, souligne en effet que la Cité des Sciences et de l’Industrie est labellisée “Tourisme et handicap” et se veut accessible aux quatre handicaps (moteur, visuel, auditif et mental). Autant la Cité était elle-même accessible dans son bâtiment, autant elle avait des efforts à réaliser dans le lien qui l’unissait à la ville. La fameuse arrière-cour, côté Nord, était pavée, peu circulable. Ainsi au-delà du public handicapé, cette situation, ajoute Valérie Izard, posait également problème au public familial accompagné de poussettes, de grands parents, de femmes enceintes, etc. Il a donc fallu que la Cité “choisisse son camp. Soit on est dans la ville, soit on est dans le Parc” poursuit Valérie Izard. Le Parc s’arrêtait au pied-même de l’entrée sud, la face nord de la Cité étant complètement minérale. Cette dernière est d’ailleurs complètement enclavée car entourée de douves. Il fallait donc que le public puisse se ré-approprier ce lieu familial.

Le projet de rénovation devait donc :

  • intégrer définitivement la Cité dans le Parc en végétalisant sur la pleine terre le parvis nord ;
  • rendre extrêmement simple et circulable l’accès de la Ville à la Cité. Les parcours sont donc devenues simples et très évidents ;
  • titrer le bâtiment (ce qui n’était pas le cas avant) en usant de la signalétique du Parc ;
  • réorganiser les flux de circulation notamment au rez-de-chaussée, afin que les visiteurs puissent faire, côté droit, la queue aux caisses via une seule file (de la même façon d’ailleurs que pour les autres équipements du Parc), pour ensuite se diriger naturellement vers le vestiaire et ensuite les espaces d’exposition.
    L’accueil pour l’orientation des visiteurs reste situé bien au centre grâce à un gros îlot rouge, un plan des différents niveaux se dessine sur un mur attenant.
    En sortant, le visiteur peut sortir sans croiser le public entrant.

Vue de l'accueil - Cité des sciences et de l’industrie, (re) faite pour vous plaire © AREP / Photographe Mathieu Lee Vigneau

Ces travaux de réaménagement n’ont bien entendu pas pu se faire sans modification du bâtiment d’origine. Nous avons tous en tête le conflit opposant le Conseil général des Bouches-du-Rhône à l’architecte du musée de l’Arles antique, M. Henri Ciriani. Le conseil général a d’ailleurs été condamné par le tribunal de grande instance de Marseille à verser 30 000 € à Henri Ciriani, sans pour autant avoir à remettre en état le bâtiment. Le conseil général, souhaitant aller vite dans l’extension de son bâtiment pour le rendre opérationnel en 2013 pour Marseille-Provence, capitale européenne de la culture, n’aurait pas trouvé le temps de contacter l’architecte.

Qu’en est-il pour la Cité ?

Réaménager l’accueil de son public sans l’accord de l’architecte

Vue de l'extension - Cité des sciences et de l’industrie, (re) faite pour vous plaire © AREP / Photographe Mathieu Lee Vigneau

Et c’est là où le bât blesse. Adrien Fainsilber, l’architecte de la Cité n’a pas donné son accord pour le réaménagement souhaité par la direction générale. Selon Valérie Izard, toutes les tentatives de discussion et de conciliation se sont soldées par un échec puisque cette confrontation a abouti à un procès en défaveur d’Adrien Fainsilber. En effet ce dernier n’a pas souhaité entendre, qu’au-delà du droit d’auteur de l’architecte s’adjoint un autre doit qui est celui du propriétaire à adapter son bâtiment à l’exploitation. Le juge a par conséquent considéré, contrairement à l’affaire du musée de l’Arles antique, que les travaux envisagés par la Cité ne dénaturaient pas l’oeuvre de M.Fainsilber (la Cité a en effet, au-delà du réaménagement du hall d’accueil, entrepris d’agrandir les portes côté nord et ajouté de grandes vitres transparentes afin de protéger les files d’attente des visiteurs) et n’apportaient pas de modifications majeures au bâtiment. Adrien Fainsilber contestait notamment en effet la création du sas (les fameuses vitres protégeant le public durant son attente au passage de la sécurité) qui aurait contredit selon lui le concept de “cathédrale des temps modernes” qui faisait que le public entrait par trois petites portes et découvrait in situ la grandeur du lieu. Or, cet effet, selon Valérie Izard a été préservé avec la création du sas. Le visiteur a toujours cette première découverte de l’espace de la Cité.

Toujours est-il que ce cas fait précédent. Nombre de structures peuvent donc aujourd’hui être tentées par des modifications significatives en raison du droit du propriétaire à l’aménagement de son bâtiment en raison de son exploitation. La subtilité résidera dans les apports plus ou moins majeurs et la menace que ce droit fait peser sur le droit d’auteur des architectes.

Ainsi depuis le 19 décembre 2012, il est dorénavant possible de naviguer et de découvrir (de nombreux espaces de la Cité, notamment en sous-sol sont  à re-découvrir) la Cité des Sciences et de l’Industrie paisiblement et en famille. Le nouvel aménagement n’empêche cependant pas les files d’attente ! Pour cela, rendez-vous ici.

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Mini-bios

Valérie Izard (à g.) et Viviane Aubry-Charveriat (à d.) de la Cité des Sciences © DR

Valérie Izard est déléguée adjointe des Grands travaux d’aménagement et du développement durable d’Universcience.

Diplômée en Histoire de l’art et Esthétique, son intérêt s’est d’abord porté vers les métiers de la médiation et en particulier la conception d’expositions. Après plusieurs années en tant que muséographe dans le secteur privé, Valérie Izard a rejoint la Cité des sciences et de l’Industrie au sein du département d’ingénierie en charge notamment des études pour des partenaires publics ou privés. Après deux années passées à Strasbourg en tant que responsable culturelle du Vaisseau, équipement culturel scientifique et technique pour enfants et adolescents du Conseil général du Bas-Rhin, elle a rejoint la direction générale de la Cité des sciences et de l’industrie afin de travailler en tant que chef du projet de rénovation de l’accueil.

Viviane Aubry-Charveriat est responsable du service relations avec les médias d’Universcience.

Diplômée de l’Ecole Française des Attachées de Presse, elle a tout d’abord occupé les fonctions d’attachée de presse pour le compte de diverses structures avant d’intégrer le service relations avec les médias de la Cité des sciences et de l’industrie dont elle est devenue responsable depuis juillet 2011.

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9 Commentaires

  1. @AudeMathey
    25 janvier 2013 at 14:06 Répondre

    Repenser le musée pour ses visiteurs: « La Cité (re)faite pour vous plaire »… Après la campagne « Nous avons rev… http://t.co/FfQEpFWv

  2. @agendaparis
    25 janvier 2013 at 14:07 Répondre

    Repenser le musée pour ses visiteurs http://t.co/1Ms5wOQA via @AudeMathey

  3. @MuseeAP_HP
    25 janvier 2013 at 14:10 Répondre

    RT @AudeMathey: Repenser le musée pour ses visiteurs: « La Cité (re)faite pour vous plaire »… Après la campagne « Nous avons rev… http://t.co/FfQEpFWv

  4. @WRenaut
    25 janvier 2013 at 14:54 Répondre

    Repenser le #musée (et surtout @citedessciences) pour ses visiteurs http://t.co/vVK88zKy via @AudeMathey

  5. @citedessciences
    25 janvier 2013 at 21:52 Répondre

    RT @WRenaut: Repenser le #musée (et surtout @citedessciences) pour ses visiteurs http://t.co/vVK88zKy via @AudeMathey

  6. @idamorisetti
    25 janvier 2013 at 22:11 Répondre

    RT @WRenaut: Repenser le #musée (et surtout @citedessciences) pour ses visiteurs http://t.co/vVK88zKy via @AudeMathey

  7. @SoBohe
    26 janvier 2013 at 03:36 Répondre

    RT @WRenaut: Repenser le #musée (et surtout @citedessciences) pour ses visiteurs http://t.co/vVK88zKy via @AudeMathey

  8. @AnneFauche
    26 janvier 2013 at 21:38 Répondre

    RT @WRenaut: Repenser le #musée (et surtout @citedessciences) pour ses visiteurs http://t.co/vVK88zKy via @AudeMathey

  9. @CultureMontreal
    28 janvier 2013 at 19:39 Répondre

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