Un petit air de nostalgie en région parisienne

Cet article est dans la rubrique des vacances de C&C mais pourtant c’est en plein travail (oui, oui) que j’ai découvert ce lieu : les anciennes chocolateries Menier à Noisiel. Ces chocolateries ne sont autres que le siège social de Nestlé France (vous comprenez donc que je travaillais bien ! 🙂 ).

Menier, vous parlez bien de Menier ?

Oui je parle bien de Menier, le chocolat (notamment) pâtissier, que l’on connaît surtout grâce à la fameuse publicité avec la petite fille :

Publicité Menier

 

La fameuse chocolaterie dont je vous parle est donc bien l’ancienne chocolaterie MENIER qui a été fondée par Jean-Antoine-Brutus Menier, en 1825. Dès 1853, son fils transforme la petite entreprise familiale en un véritable « empire » industriel du chocolat. En 1900, c’est la plus grande chocolaterie au monde, mais elle sera vendue en 1959 et rachetée par Nestlé en 1988. Aujourd’hui l’usine ne fabrique plus de chocolat, des bureaux on été installés en respectant l’architecture d’origine pour servir de siège social à Nestlé.

A quoi cela ressemble ?

Différents éléments architecturaux sont remarquables : le « M » de MENIER domine les façades et de nombreuses fleurs de cacao et des cabosses les décorent :

Le M de Menier surplombant l'entrée du moulin de Saulnier © Aude Mathey

L'entrée du moulin Saulnier avec ses fleurs de cacao en brique © Aude Mathey

 

La famille MENIER était riche et puissante, elle a par conséquent fait appel aux plus grands scientifiques et architectes de l’époque pour construire ses bâtiments.
Les différents ateliers sont ainsi reliés entre eux grâce à un réseau de chemin de fer pour permettre aux ouvriers de transporter les matériaux dans des wagonnets sans trop se fatiguer.

Rails de chemin de fer pour les wagonnets, pont Hardi © Aude Mathey

Le moulin Saulnier est très célèbre car il est l’ancêtre des buildings américains. Il est formé d’une structure métallique, comme la tour Eiffel, et comblée avec des briques. Il a été construit sur la Marne afin d’utiliser l’énergie hydraulique pour faire tourner les machines et broyer les fèves de cacao. On a alors l’impression qu’un torrent de chocolat coule sous le moulin.

Vue des turbines © Aude Mathey

Moulin Saulnier, usine hydraulique © Aude Mathey

La Marne, rivière de chocolat ? © Aude Mathey

 

D’autres immenses ateliers permettaient le triage des fèves, le mélange (le « conchage » dans le jargon des chocolatiers), le moulage (« dressage »), le refroidissement puis enfin le pliage et emballage.La famille MENIER avait même construit une ligne de chemin de fer et acheté un train privé pour transporter directement les chocolats après emballage.

La maison Menier, un peu d’histoire

Dès 1825, Antoine Brutus Menier, pharmacologue parisien, fondateur de la dynastie d’industriels du même nom, décide de déplacer son usine de produits pharmaceutiques, alors située en plein quartier du Marais à Paris, sur les bords de la Marne, à Noisiel, sur le site de l’ancien moulin. Le rapport avec le chocolat n’est pas loin car à l’époque, le cacao entre dans la composition de certains médicaments : l’arôme pour le goût, la graisse pour les suppositoires.
Au milieu du siècle, les fils Menier sentent les promesses du marché du chocolat et abandonnent la pharmacie. C’est en 1836 qu’est créeée la tablette de chocolat. En 1867, son fils, Emile-Justin Menier, décide de recentrer son usine sur la fabrication de chocolat. C’est aussi le moment de l’essor de la production et des effectifs de l’entreprise qui passent de 50 ouvriers en 1856 à 325 en 1867. Cette croissance est suivie d’une réorganisation totale du processus de fabrication au sein de l’usine. Une douzaine d’imposants bâtiments-machines sont construits en enfilade, notamment par l’architecte Jules Saulnier, tout le long de la Marne, entraînant la disparition, après son rachat de l’ancien village. C’est donc entre 1860 et 1874 que l’usine prend son aspect actuel, symbolisée par le moulin central. L’architecture est innovante : « c’est un des premiers bâtiments à être construits avec une ossature métallique qui est d’ailleurs apparente. C’est donc l’ancêtre du Gratte-ciel ».

Du papier coloré pour enrober les tablettes, aux cagettes pour la distribution, tout doit être fabriqué sur place pour accélérer la production. Le cacao entre par un bout de l’usine, est trié dans un entrepôt, est torréfié dans le suivant, mélangé au sucre, chauffé puis dressé en tablette dans d’autres batiments, avant d’être refroidi dans les chambres froides et ressortir à l’autre bout sous forme de tablettes.

En cette fin du XIX° siècle, se situe l’heure de gloire de la chocolaterie : 2.200 ouvriers s’affairent pour produire 70 tonnes de chocolat par jour. À la suite de son accession à la mairie en 1871 et à ses nombreuses acquisitions foncières, Émile-Justin Menier est entièrement maître des destinées communales. En 1874, à proximité de l’usine, il lance la construction de 66 maisons et d’un groupe scolaire. Pour cela, la famille Menier visite des modèles de cités en Angleterre et prend aussi exemple sur les cités de Mulhouse.

Quelques images complémentaires

Je fais donc effectivement partie des happy few car la chocolaterie se visite assez rarement (le premier samedi du mois) et les listes d’attente sont assez longue. Effectivement, puisque le siège social de Nestlé France s’y situe, certaines restrictions s’y appliquent.

Quelques petites photos complémentaires de ma visite (inopinée…) :

 

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7 Commentaires

  1. Pierre-Etienne
    1 août 2012 at 17:22 Répondre

    C’est beau de faire l’apologie de l’exploitation ouvrière, de l’accession à la propriété individuelle par le capital, du nivellement des esprits… Enfin j’en passe et des meilleures. Et puis Nestlé, on le sait, c’est cool.

    • Aude MATHEY
      2 août 2012 at 10:09 Répondre

      Je crois que vous n’avez pas lu l’article… c’est dommage.
      Bienvenue quand même, car nous ne sommes pas sectaires 🙂

  2. Gonzagauthier
    24 août 2012 at 13:19 Répondre

    Pour aller plus loin, un épisode de la très bonne série “architecture” de ARTE est consacré à ce bâtiment…

  3. Robin Sappe
    26 août 2012 at 08:18 Répondre

    Un autre site industriel Menier est visible en région parisienne à Saint-Denis, créé au XIXe par l’architecte Jules Saunier.
    Ce lieu est devenu un centre événementiel, dans le cadre d’un super projet de création de valeur sociale et environnementale.
    Ca se situe juste en face du Stade de France et ça s’appelle L’Usine.
    Pour ceux et celles qui veulent jeter un œil : http://www.lusine-evenements.com/41-notre-histoire

    • Aude MATHEY
      26 août 2012 at 19:35 Répondre

      Je ne connaissais pas ! Merci Robin !!

  4. psb77
    13 février 2013 at 10:39 Répondre

    c’était un état dans l état comme les ‘cousins’ Michelin(la Micheline de Michelin a été essayée sur la ligne de la chocolatrie; fermée en 1951; la fin d exploitation de la ligne qui passait par la ferme du buisson(pour le lait) a été revendue a la SNCF existe toujours a Croissy Beaubourg et Emerainville.Ici a Noisiel tout était Menier , comme la monnaie Menier, les commerçanst ,le médecin étaient Menier comme le bus pour la gare de Vaires sur Marne elle possédait le magnifique parc et château de Rentilly a Bussy St Martin ,il ne reste a cette famille, le château de Chenonceau

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