Accessibilité : le handicap visuel

Handicap, quel handicap ?

Chien d'aveugle et personne non-voyante © vatsyfoode/ Stock xchng

Des situations très diverses – Le terme général d’amblyopie est utilisé pour qualifier un degré de vision (Champ visuel ou acuité visuelle) inférieur à 4/10e au moins dans certaines conditions après toute correction. La limite de cette définition est qu’elle ne prend pas en compte la variété des environnements quotidiens qu’ils soient situationnels (Seul ou dans la foule), d’éclairage, de contraste …

Intrinsèquement, le déficit visuel est varié (1) selon qu’il soit dû à une pathologie neurologique ou aux différents niveaux fonctionnels de l’œil influant sur les informations que l’individu empêché peut percevoir. Selon l’origine du déficit, les informations restantes sont variées tant en qualité qu’en quantité et la gêne causée est donc protéiforme : Image assombrie, flou, fourchette de distance diminuée, absence de perception du relief …

Son origine est également variée, en effet le handicap visuel peut être dû à une pathologie de naissance ou a contrario des personnes devenues aveugles ou mal-voyantes sur le tard. Pour ces premières nombre de prérequis visuels (Qu’ils n’ont jamais connus) ne font pas sens et doivent alors privilégier des médiums adaptés (Le braille par exemple). Pour ces derniers à l’inverse, les personnes devenues empêchées au cours de leurs vies, elles s’appuient sur les références visuelles acquises dans leurs souvenirs (Formes, objets, couleurs …) et apprécient par cet angle les discours et informations.

Ces deux publics bien distincts doivent donc être considérés bien différemment pour mieux compenser les éléments lacunaires que le handicap visuel cause chez eux, d’un point de vue stratégique essentiellement, alors que pour l’élément causal, il doit être lui considéré pour choisir les modes d’adaptation et de compensation à privilégier.

Combien de personnes ? L’étude Handicap, incapacités, dépendance (HID) (2) réalisée par l’Insee, entre 1998 et 2001 a publié son rapport en 2002 faisant état des données suivantes :

Au total, 1,7 million de personnes souffriraient d’un handicap visuel :

– 560 000 malvoyants légers ;
– 932 000 malvoyants moyens ;
– 207 000 malvoyants profonds, dont environ 61 000 aveugles complets. (Au regard du droit on nomme cécité une vision inférieur à 1/10e dans un axe central)
– 30% des déficients visuels souffrent d’un polyhandicap associé ;
– 61% des déficients visuels sont des personnes âgées de plus de 60 ans.

Enfin seulement 15% des aveugles ont appris le braille dont 10% qui l’utilisent pour la lecture et 10% pour l’écriture également.

De façon étrange, l’apprentissage du braille est plus rare chez les malvoyants profonds (3% environ) et les malvoyants moyens (1% environ).

Quels empêchements ?

Un accès difficile au contenu visuel – Le problème majeur rencontré par les personnes touchées par un handicap visuel semble évident, c’est la difficulté d’accès au contenu écrit. Cet empêchement peut être total en cas de cécité ou bien partiel en cas de pathologie partielle/dégénérative. La variété des stylistiques, mises en pages et formes textuelles influent directement sur la reconnaissance ou non de l’information par les personnes ayant un handicap visuel.

 

Une influence non-négligeable sur l’orientation spatiale – Outre la difficulté de lecture, un des problèmes que rencontrent des personnes empêchées visuellement est celui de la difficulté d’orientation dans l’espace. En effet les personnes déficientes visuelles ont de façon fréquente des difficultés de latéralisation, de perception de l’espace et du mouvement ou encore de repérage dans l’espace. Les personnes souffrant de pathologie cornéennes et rétiniennes ont particulièrement des difficultés d’appréhension des informations spatiales, souvent partielles et/ou superficielles.

 Quelles solutions d’accessibilité mettre en œuvre ?

La stratégie d’accessibilité à la déficience visuelle des structures culturelles doit comme pour tout empêchement être envisagée selon deux modalités :

L’adaptation – Ce levier d’action vise a adapter le lieu de culture au déficit présenté par le public empêché.

Ici, on doit tout d’abord adapter les dispositifs de sécurité pour les personnes sourdes et malentendantes en privilégiant des dispositifs lumineux intenses et dynamiques (Flashs lumineux, grandes indications d’orientation de secours …).

Du point de vue de l’information, là aussi la structure en dehors de toute stratégie de compensation peut se rendre plus accessible en adaptant les informations écrites préexistantes pour les personnes mal-voyantes. En effet, une des disposition d’accessibilité simple à mettre en place consiste à simplifier les informations à la lecture pour s’adapter aux personnes mal-voyantes mais pouvant identifier tout de même une information visuelle « épurée » particulièrement le public souffrant de pathologies rétiniennes dégénératives pour qui un texte en noir et blanc ou au minimum constitué de couleurs avec un contraste important et des polices de caractères simples et distinctes permettent en généralement une bonne lecture de ces informations pour ces premiers. Si on ne peut toucher directement la nature textuelle du support (Comme dans le cadre d’archives historiques par exemple), il est opportun de proposer un accès à des télé-agrandisseurs et loupes électroniques permettant « artificiellement » d’augmenter la taille des caractères et proposant un éclairage adapté aux lectures difficiles. Enfin, il est à noter quant a la signalétique d’orientation et de muséographie qu’il est à préférer des textes bicolores à forts contrastes et de favoriser les dispositifs à texte rétro-éclairé facilitant l’appréhension de l’information par les personnes déficientes visuelles.

La compensation – Ce second levier d’action vise a adapter les processus d’information en utilisant les canaux sensoriels non-atteints chez le visiteur aveugle ou malvoyant. Ici, la stratégie de compensation se centrera sur deux canaux sensoriels principaux :

Audioguide disponible pour personne mal-voyante © L'Alsace

Tout d’abord, on peut utiliser la voie auditive pour compenser le déficit visuel et permettre une expérience culturelle. Ainsi, les structures de présentation visuelle (En particulier les musées) peuvent mettre en place des audioguides enrichis par rapport à la version « standard » insistant sur l’appréhension par « imagination », « projection » de l’objet commenté pour se le représenter de façon globale ou dans les détails avant d’apporter les informations « traditionnelles » d’audioguides, histoire, informations, etc… . Mais, les structures culturelles présentant du spectacle vivant (Théâtre, opéra …) ou bien des œuvres audiovisuelles (Télévision, cinéma ou film dans les musées …) peuvent aussi utiliser un processus cousin, celui de l’audiodescription qui vise à présenter et transposer les informations visuelles habituelles en informations sonores: Description des décors, des costumes, des lumières ou des mouvements de la scène. Ces commentaires sont faits entre les dialogues de façon à ne pas gêner la compréhension du spectacle ou du document audiovisuel.

 

Statuette disponible au toucher © Pravmir.ru

D’autre-part, l’institution culturelle peut également développer des processus de médiation et d’information destinés à solliciter le toucher des visiteurs empêchés visuellement. Ainsi, en supplément de l’audio-information, le toucher permet d’appréhender les volumes habituellement envisagés par la vision. La maquette tactile est ainsi une représentation partielle ou globale d’un objet, monument ou œuvre. La simplification des lignes de ces maquettes 3D, la hauteur humaine (De façon à faciliter la représentation mentale) ou la diversification des matériaux pour faciliter la compréhension des différentes parties de l’objet considéré sont autant de techniques permettant au public aveugle ou malvoyant de se construire une image mentale de l’œuvre perçue par le toucher et ainsi de dialoguer avec les autres visiteurs ou médiateurs voyants. De même, la mise en relief sur surface plane d’un objet (Représentation d’un arbre ou d’une fleur par exemple) ou bien un plan tactile qui permet le même processus de « visualisation » cartographique de la part du public empêché visuellement. Un processus de compensation, sans doute le plus connu est possible à mettre en place et relativement simple et peu coûteux, il s’agit de la traduction en un langage sensoriel, le braille des contenus rédactionnels. Cette solution est très efficace mais sa principale limite est qu’elle n’a pas d’externalité positive sur la visite du visiteur non-empêché et surtout que le braille n’est lu que par 10% de la population aveugle/malvoyante.

Enfin, il est intéressant dans certaines structures culturelles (Parfumeries, écomusées, tourisme industriel…) d’y adjoindre des processus additionnels touchant l’odorat et le goût (Dégustation, senteurs d’essences…) permettant de diversifier l’expérience de façon multisensorielle. De plus, ce procédé est très apprécié du public voyant comme une diversification du ressenti et un élément additionnel d’information et de vécu  pour enrichir sa visite, élément donc d’accessibilité et de satisfaction du public de la structure, quel qu’il soit.

 

 

(1)             http://www.culture.gouv.fr/handicap/pdf/guide.pdf  (p.78/79)

(2)             http://www.webaccessibilite.fr/les-chiffres-du-handicap-en-France-2009-08-17.php

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4 Commentaires

  1. @lleyoudec
    26 octobre 2012 at 09:32 Répondre

    Accessibilité : le handicap visuel http://t.co/6Cv7opQ7 via @AudeMathey #musée #médiation

  2. Aude MATHEY
    4 janvier 2013 at 16:26 Répondre

    Un article à rapprocher bien sûr de l’initiative du musée du Quai Branly lors de la semaine du handicap : http://www.exponaute.com/magazine/2012/11/29/semaine-de-laccessibilite-au-musee-du-quai-branly-priere-de-toucher/
    Il y était en effet possible de découvrir les oeuvres en les touchant et d’avoir une description auditive grâce à un audioguide.

  3. Solange
    27 avril 2015 at 11:50 Répondre

    Merci pour ce billet sur l’amblyopie, vous donnez de très bons conseils

    • Aude MATHEY
      27 avril 2015 at 16:41 Répondre

      Et vous, vous faîtes une belle opération de pub, n’est-ce pas ? 🙂

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