La culture est-elle détestable ?

Un article dans la presse américaine la semaine dernière a fait grand bruit. James Durston, qui est producteur senior des sujets voyages sur CNN, a publié sur le site de la chaîne un article déchaîné : “Why I hate museums”(littéralement : pourquoi je déteste les musées).

L’auteur, dans cet article, revient sur les lieux communs des cartels trop petits, mal écrits, du fait que l’on ne peut prendre de photos dans les lieux d’exposition ou qu’on ne peut y manger… Il s’attache à son petit parcours personnel et, du fait très certainement de son aversion envers les musées, il semblerait qu’il n’en ait pas essayé beaucoup. Il est certain qu’il est interdit de manger dans les musées, pour des raisons évidentes de sécurité des oeuvres, tout comme cela est le cas dans un magasin de vêtements ou de décoration. On ne mange pas non plus durant un spectacle de danse, un concert ou une pièce de théâtre. Seul le cinéma l’autorise. Mais puisque l’auteur est américain, on lui passera cette envie aussi subite que saugrenue.

En ce qui concerne la photographie, les plus grands musées à l’heure actuelle l’autorisent. Ceux qui aujourd’hui interdisent l’appareil photo dans leurs salles d’exposition arguent très souvent du problème de la question des droits d’auteurs qui n’ont pas ou pas pu être négociés pour ce cas ou bien s’arc-boutent sur des positions conservatrices et injustifiables, comme le démontre le musée d’Orsay.

Il est vrai que de nombreux musées ont tendance à adopter un discours nombriliste que seule une élite issue du sérail de l’histoire de l’art de ou l’École du Louvre est en mesure de comprendre. C’est d’ailleurs un défaut très connu des centres d’art contemporains comme le Centre Pompidou ou la Biennale d’art contemporain à Lyon (ma dernière visite m’a laissée muette d’incompréhension la plus totale). Cette position n’est d’ailleurs en effet pas le seul apanage des musées, rassurons-nous. Bernard Faivre d’Arcier, l’ancien directeur du Festival d’Avignon, reconnaît que le théâtre cherche toujours plus à se radicaliser afin de plaire aux critiques. Le grand public ferait donc les frais d’une mise en scène complexe (ou trop simple) dont il n’aurait pas les clefs de compréhension.

Extrait du dossier de presse de la Biennale d’art contemporain de Lyon 2013. Sérieusement ? © DR

Pour l’auteur, seule compterait donc la culture spectacle ? Le  sang sur l’armure ? Faudrait-il qu’on lui raconte une histoire afin qu’il comprenne mieux ce qu’il voit ? Qu’il se divertisse au musée ?

Vers une refonte du musée ?

L’article a quelque chose de bien au sens où il nous pousse à nous interroger sur ce doit être un musée et comment ce dernier doit remplir sa mission de démocratisation culturelle. Bien que l’article de James Durston ne parle que de son expérience propre et n’est illustrée par aucun exemple ni aucune donnée (quid des musées qui autorisent les photos vs ceux qui l’interdisent ?), sa portée a été suffisante de part le statut de son auteur pour qu’un nombre incroyable de commentaires se retrouvent au pied de l’article, sur Linkedin ou encore sur Facebook.

Des initiatives cherchent à rendre le musée plus vivant et plus accessible au public. C’est le cas par exemple de Museomix, qui cette année se décline en plusieurs endroits dans le monde, dont à Québec ! Pendant trois jours, des participants, préalablement inscrits et triés sur le volet, réflechissent ensemble à de nouvelles façons d’approcher et de faire vivre les lieux d’exposition. L’initiative, au départ elle aussi décrite avec moults mots de plus de 3 syllables inaccessibles au commun des mortels, a fini par se démocratiser et ses objectifs sont devenus compréhensibles. Des initiatives comme celles-ci, qu’elles viennent des musées ou de la société civile, se développent aujourd’hui à une vitesse folle. Que dire également du groupe “Un soir, un musée, un verre“, dont le principe est tout simplement (ici, pas de chichis) d’aller faire une expo puis de discuter autour d’un verre, qui permet à des personnes de différents profils de se rencontrer et de découvrir la culture et les musées autrement ?

Les musées développent également de plus en plus de nouveaux parcours de médiation, de nouvelles façons de s’adresser à leur public et de les faire participer. Le renier avec un article cinglant, d’autant plus tourné vers sa petit personne, est mesquin et au pire irresponsable. C’est dénigrer le travail que font des milliers de professionnels tout autour du globe pour partager leur passion et la raison d’être de leur musée avec leur public et ce avec des moyens très souvent dérisoires.

Et puis n’est-ce pas une étude écossaise sortie récemment qui clame que la culture rend les gens plus heureux et en meilleure santé ? (même si personnellement ce résultat ne m’étonne guère si on prend en compte la catégorie socio-professionnelle des publics culturels…)

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