La fête votive, une simple tradition ?

Le soleil, l’eau, les cigales, les oliviers qui ornent des allées arides senteurs lavande… Autant d’images et de fantasmes profondément ancrés dans nos inconscients à l’évocation du sud, terre de prédilection de nos étés. Cependant, et même si les stridulations (assourdissantes) de quelques cigales autochtones sont émouvantes, il est temps de réaliser que le sud ne se borne pas à un roman de Pagnol, une chanson de Nino Ferrer ou encore un épisode de Plus belle la vie…

Le triangle de la « bouvine »

Manade © DR

Entre Provence et Languedoc, coincé entre Méditerranée et Cévennes,  le sud dont je vais vous parler n’est pas celui de Saint Tropez ni de Saint Jean de Luz. Bien moins médiatisé, il n’en reste pas moins riche en surprises et cette année encore, le nombre de touristes étrangers, attirés par la culture du taureau ou de la « bouvine »[1], n’a fait que grimper. Quelle curiosité de découvrir des lâchers de taureaux en pleine rue!  Le bon esprit y verra sans doute un résidu folklorique, une subsistance traditionnelle médiocre, là où il s’agit en fait, d’une question culturelle centrale à l’heure d’une mondialisation qui broie les identités de tous, au lieu d’apprendre à faire partager les différences de chacun.

La fête « votive » ou la fête du « voeu »

La vie est faite de repères et ceux-ci sont de taille. Chaque année, la semaine qui suit le 14 juillet, la fête à Calvisson pointe son nez…. immanquablement. Chaque année dans cette bourgade du Gard, se répètent les mêmes chants, les mêmes ambiances, les mêmes lâchers de taureaux dans les rues, les mêmes odeurs et les mêmes apéritifs sans fin… dans un délicieux sentiment de déjà vu. La fête votive soit la fête du vœu et de la promesse (héritière des fêtes patronales d’antan) est tout cela à la fois, « mesclun »[2] étrange pour quiconque s’y aventure, entre tradition et modernité, entre folklore à touristes et réalité improbable.  Y flotterait presque comme un air de sortie de crise, surtout lorsque l’on connaît le calme de la vie quotidienne d’une bourgade de quelques milliers d’habitants sur laquelle plane sans cesse l’ombre de la banlieue dortoir.

La (fausse) querelle des Anciens et des I-phones

Empêgues à l'entrée d'une maison © DR

Cependant, un sentiment étrange peut naître chez le touriste aventureux… Comment expliquer ce décalage entre de telles traditions présentes depuis « des temps immémoriaux » comme diraient les anciens, et cette jeune génération branchée en permanence sur son I-phone, perdant toute notion de respect et de contact humain, diluée autant qu’elle est dans son individualisme maladif… ? Et bien, il se trouve que ces « jeunes » sont parmi ceux qui s’enthousiasment le plus de ces festivités et facebook lui-même s’en fait le complice. Regroupés en association, ces « jeunes » organisent cette fête de 4 jours, passent chez les habitants pour laisser les « empêgues »[3] lors des fameuses « aubades »[4], servent les repas, courent derrière les taureaux, tiennent les bars, gèrent les festivités taurines ou encore les soirées rythmées… Organisée par les « jeunes » mais en faveur de tous, la fameuse fête du village donne à réfléchir à une époque qui juge si sévèrement sa jeunesse.

 



[1] La « bouvine » est la tradition taurine en patois.
[2] Le mélange
[3] Les « empêgues » sont des petites marques de peinture faites au pochoir, marquant le passage des jeunes chez les habitants et symbolisant la fête votive de l’année.
[4] Les « aubades » sont les périodes où les jeunes passent chez les habitants et laissent leurs « empêgues ». Accompagnés de groupes musicaux, ils passent chez les habitants pour leur demander un petit pécule pour la fête en échange de quoi, ils les « empèguent » et  leur jouent un petit morceau de musique.

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