L’accessibilité, qu’est-ce que c’est ?

André Malraux, premier ministre de la culture de la cinquième république et initiateur de la politique culturelle et muséale française, en son temps, déclarait qu’une des premières missions de la république française est de « Rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français et […] d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel », marquant par ces quelques mots, la première pierre à l’édifice de la politique  d’accessibilité des équipements culturels au sein de notre Hexagone. –  Clarifier et rendre accessible la politique d’accessibilité, ses enjeux, possibilités et son avenir, tel sera le but poursuivi par cette modeste série de chroniques mensuelles commencée par la présente.

Ce chapelet s’organisera autour du plan suivant afin de rendre lisible les grands enjeux des questions d’accessibilité : Ce premier billet ayant une visée introductive à la notion d’accessibilité – Le second visera à présenter rapidement le cadre juridico-politique de la notion – Puis, pour une suite de cinq papiers, nous verrons les problématiques de chaque type de handicap et les stratégies de compensation possibles… – …. pour poursuivre la seconde moitié de l’année par une étude de cas des différentes institutions, elles mêmes de différents champs (Musique, musées, théâtre …) dans une approche holiste, innovante et pragmatique de la question. Cette trame mise en place, posons les notions générales :

L’accessibilité, qu’est-ce ?

« Rendre accessible les institutions culturelles » cette expression revient sans cesse dans l’actualité et les discours d’intentions politiques, mais qu’est ce qu’être « accessible » ?

D’un point de vue linguistique, notons que le verbe « accessibiliser » n’existe en aucun cas ; « accessible » est une unité de sens à elle-seule. Ainsi, l’accessible, c’est un état de fait visé, on « rend » accessible quelque chose, par deux composantes celle de l’intention (la volonté) et celle des modalités (les moyens).

D’un point de vue symbolique, l’accessible, c’est l’ouverture d’une unité pour faire rentrer des flux. Cette passerelle, c’est l’accès. Ainsi, l’accessible est ce à quoi on peut accéder. Accéder matériellement (avoir un accès factuel à la structure) ; du point de vue de la compréhension (Avoir la possibilité de comprendre l’objet appréhendé) et enfin d’un point de vue sensible (Avoir accès à une émotion, un vécu).

Pour finir ce tour de la notion, notons que le terme d’accessibilité est majoritairement pensé par antinomie, ainsi, on considère quelque chose qui n’est pas accessible mais on pense rarement la chose comme accessible si elle l’est factuellement. La politique d’accessibilité vise donc à abolir les « empêchements » à cette liberté, ce flux naturel qu’est l’accessibilité.

Là est le second enjeu de la notion même de l’accessibilité, celle de l’identification des contraintes, celles-ci empêchant la naturelle « accessibilité » au matériel culturel. – La réflexion automatisée tend à établir une association libre entre « accessibilité » et « handicap », et là je m’inscris à titre personnel dans ce billet en faux !

L’accessibilité ne se pense pas uniquement par rapport au handicap. En effet, le terme galvaudé et utilisé à tout va, tend à résumer un public [Les « personnes handicapées »] ou à l’inverse à détacher le terme de l’expérience de l’individu [Le « handicap de surdité » …]  La culture est avant tout une rencontre, celle d’un individu avec une œuvre par le biais d’une expérience sensitive ; le « handicap » semble donc être un terme impropre à cette réflexion

En une deuxième critique, ce terme est rattaché à des notions de durabilité et de gravités non-appropriées. Ainsi, je préfère utiliser le terme de « propriété d’empêchement ». Propriété car elle est une composante personnelle de l’individu, une caractéristique unique de celui-ci influant sur son expérience d’accès à la culture. En second lieu je préfère ce terme, car il couvre l’ensemble des conditions non-pathologiques « handicapant », empêchant, pour tout ou partie l’accès à la structure culturelle, on peut mentionner à titre d’exemple la situation de la femme enceinte ou de la personne âgée.

La politique d’accessibilité, c’est donc abolir autant que faire ce peut les propriétés [Propres à l’individu] et facteurs [Propres à la structure] d’empêchement, et ce dans un but unique, permettre une expérience sensitive, émotionnelle et rationnelle, personnelle d’un individu avec la culture.

L’accessibilité, pourquoi ?

Une finalité, solliciter de nouveaux publics – En effet, mettre en place une politique d’accessibilité, c’est abolir ces facteurs d’empêchements pour permettre de toucher ce public qui ne peut accéder jusqu’alors aux structures culturelles concernées. Il est en effet, d’une mission des institutions muséales et culturelles pour bon nombre du ressort de la chose publique ou bien aidées par le budget étatique de s’assurer du respect du principe républicain de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, celui d’une naissance en égalité. Ainsi, quels que soient les facteurs d’empêchements posés par la biologie de l’individu, nos institutions ont une obligation de moyens pour assurer au mieux l’accès de l’ensemble des publics en tentant de dépasser au mieux ces propriétés et facteurs d’empêchement.

Mais, permettre à un public jusqu’alors empêché d’accès à de telles structures, c’est de fait solliciter de nouveaux publics. En effet, outre toucher la population sus-citée souvent néophyte en matière culturelle, on sait que l’acte de rencontre avec l’offre culturelle fonctionne sur un système de nébuleuse ; Ainsi, mettre en place une politique d’accessibilité est un enjeu majeur pour les équipements culturels car c’est toucher à coup sûr par rayonnement leur entourage qu’il soit familial, structurel ou institutionnel.

Une problématique majeure – Il est indéniable que mettre en place une politique d’accessibilité à un coût, qu’il soit financier, humain ou matériel non-négligeable. Mais si celui-ci peut être considéré comme une contrainte sur un public jugé comme marginal et/ou « non-essentiel », il n’en est rien. En effet, comme le montre l’enquête de l’INSEE « Handicap-Incapacité-Dépendance », le public empêché représente une part non négligeable du public potentiel de nos institutions culturelles. En effet, d’après enquête de cette institution, 8 millions de français souffriraient d’un empêchement moteur, 4 millions un empêchement mental et enfin 6,9 millions d’empêchés sensoriels avec non moins de 3,1 millions de déficients visuels. Ainsi, garantir un accès à ces publics, c’est actionner un levier de croissance non-négligeable d’un point de vue trivial, celui des recettes. Mais, c’est aussi une obligation morale au sein de notre République.

Un pari sur l’avenir – Les facteurs d’empêchements sont certes une problématique actuelle, mais elle sera une question essentielle dans le futur. En effet, le vieillissement de la population est sans doute une des perspectives majeures à prendre en compte dans l’aménagement des équipements culturels ; cette population vieillissante représentera un public de plus en plus empêché mais aussi certainement un public potentiellement plus fidèle aux structures culturelles qu’il fréquente.

L’accessibilité, comment ?

Deux leviers d’accès : La compensation et l’adaptation – Si il n’appartient qu’au corps médical d’influer sur les causes des empêchements, l’intention des responsables d’institutions culturelles doit se porter à deux niveaux de réflexion et d’action pour outrepasser les propriétés d’empêchements identifiées sur une part de son public, d’une part par la compensation [Sur l’individu] et d’autre part, par l’adaptation [Sur la structure].

Le mécanisme de compensation tient en un principe, celui d’user des capacités du public empêché pour une autre partie de ses prérogatives naturelles, afin que celui-ci appréhende d’une autre manière le matériel culturel qu’il fréquente. Ainsi, pour donner un exemple, sous-titrer, c’est permettre à une personne empêchée sensoriellement de par l’Ouïe, de profiter du matériel culturel par une faculté restante, celle de la vue – Ainsi, il compense un déficit par le développement d’un autre canal sensoriel.

Second levier de politique d’accès, celui de l’adaptation. Si on ne peut « agir » sur les capacités de l’individu ou si cette compensation n’est pas suffisante, c’est à la structure d’adapter ses usages à ce public, en effectuant les adaptations techniques nécessaires. Pour exemple, on augmentera la taille des caractères sur la plaquette de visite d’un musée pour faciliter la lecture d’un public mal-voyant.

Une adaptation sur toute la chaîne de l’institution culturelle – Ces deux mécanismes de compensation et d’adaptation doivent prendre forme sur l’ensemble des éléments constituant un accès à la structure culturelle. On peut grosso modo identifier trois temps :

1/ L’accessibilité du cadre bâti, confort d’usage de l’équipement – La structure doit permettre a un public empêché de parcourir les espaces, d’assurer la sécurité de celui-ci et enfin d’utiliser les services que l’installation propose.

2/ Information et communication – L’institution doit permettre une mise en relation du public empêché avec cette première, lui apporter des supports d’information et enfin mettre en place les dispositifs nécessaires d’accueil.

3/ Offre culturelle et pratiques artistiques – L’établissement doit ouvrir ses programmations existantes en faveur de l’inclusion, doit mettre en place des actions de médiation, des aides techniques et enfin établir une politique tarifaire permettant d’inciter un tel public néophyte à pénétrer les murs de sa structure.

Voilà pour ces quelques propos introductifs à la notion de politique d’accessibilité des structures culturelles. A titre de biographie indicative, nombre des propos de cette série de billets seront tirés du « Guide pratique de l’accessibilité » édité par le Ministère de la culture et de la communication en 2005.

 

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Mini-bio

Ronan Bretel est étudiant en droit, journaliste culturel web, consultant en com’ du marché de l’art. Il est aussi fondateur de “Mimesis Communication” (www.mimesis-communication.fr). La culture, le patrimoine et l’histoire le passionnent.

 

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