Le métro de Montréal : entre transport en commun et musée souterrain

Avec plus d’une centaine d’oeuvres réparties dans les 68 stations de son réseau, le métro de Montréal peut, aujourd’hui, se targuer d’être l’une des plus grandes galeries d’art souterraines. Véritable musée à lui tout seul, le réseau montréalais tend à nous démontrer que métro ne rime plus obligatoirement avec boulot-dodo.

Un métro au style unique

Dès sa construction au début des années 1960,  l’idée des concepteurs est d’offrir un caractère unique au métro de Montréal en confiant la réalisation de chacune de ses stations à un architecte différent. Désireux d’attirer l’attention des Montréalais sur leur culture, le maire Jean Drapeau insiste également sur l’importance de faire sortir les œuvres d’art des musées afin de les exposer dans le métro.

Inauguré en 1966, soit une année avant l’exposition universelle de 1967 tenue à Montréal, le métro compte initialement 26 stations. Ne possédant pas toutes une œuvre d’art, on décide de trouver des mécènes et de compter sur la générosité des entreprises ou des organismes pour en financer la réalisation. Les œuvres qui ne sont pas nécessairement prévues dès la conception de la station sont alors généralement intégrées plus tard. Pour gérer ce volet culturel, Robert LaPalme, peintre et caricaturiste, devient le premier directeur artistique du métro en 1965. Opposé à la présence de l’art abstrait, il préconise l’utilisation des œuvres figuratives pour raconter l’histoire de Montréal. Sous sa direction, une liste est alors dressée dans laquelle on retrouve les thèmes qui seront exploités dans les différentes stations.

1 - Verrière de la station Place-des-Arts : L'histoire de la musique à Montréal (artiste : Frédéric Back) © Mathias Doisne

Don de la société Steinberg, la première oeuvre est ainsi inaugurée à la station Place-des-Arts en 1967. Il s’agit d’une verrière de Frédéric Back qui retrace l’histoire de la musique à Montréal. Illuminée par une centaine de tubes de néon sur une largeur de plus de 13 mètres, elle y montre les musiciens de la ville, des autochtones aux personnages plus contemporains tels que le compositeur de l’hymne national canadien, Calixa Lavallée. Par la suite, différentes œuvres sont installées le long des rames grâce à la générosité de plusieurs mécènes tels que le gouvernement du Québec (Champ-de-Mars), la Société Saint-Jean-Baptiste (Sherbrooke), les Caisses populaires Desjardins (Crémazie et Berri-UQAM), la Société des Artisans (Papineau) et Macdonald Tobacco (McGill).

L’ introduction de l’art abstrait

Si l’apport de Robert LaPalme à l’art public québécois est reconnu, son rejet de l’art abstrait provoque un vent de critiques chez plusieurs artistes, qui n’hésitent pas à faire part de leurs protestations au maire Jean Drapeau.

Le fils de Robert LaPalme, contrarié par l’entêtement de son père, ira même jusqu’à réaliser une verrière, la plus abstraite possible, à la station Berri-UQAM sous le pseudonyme de Pierre Gaboriau pour ne pas signer du nom de son père.

2 - Vitrail exposé à Berry-UQUAM : Hommage aux fondateurs de la ville de Montréal (artistes : Pierre Gaboriau et Pierre Osterrath) © Mathias Doisne

Suite à ces événements, l’art abstrait commence à faire son entrée dans le métro de Montréal. En dépit de ses efforts, Robert LaPalme voit sous son mandat apparaître deux œuvres abstraites, dont une imposée par le maire en personne. Une révolution artistique est en marche et elle s’apprête à envahir le métro.

Dans les années 1970 et 1980, à l’occasion de l’agrandissement du réseau, les architectes se voient confier le soin d’intégrer les œuvres à l’architecture dès l’étape de la conception de la station. Certains réalisent eux-mêmes ces œuvres, mais la majorité en confie la réalisation à des artistes avec qui ils travaillent étroitement tout au long de la construction. La ville de Montréal ainsi que le directeur artistique du métro perdent tout contrôle sur le choix des œuvres. Il n’est plus question d’imposer des thèmes ou de bannir certaines formes d’art. La place est laissée à la liberté d’expression afin de favoriser au mieux la symbiose  entre l’art et l’architecture. Par exemple, à la station Fabre, l’élément tubulaire de Jean-Noël Poliquin devient fonctionnel en plus d’être décoratif. Il peut servir de main courante, de barre d’appui et de support pour les bancs.

3 - Murales et main courante sculpturale de la station Fabre (artiste : Jean-Noël Poliquin) © Flickr – Laurence Cymet

L’art public dans les souterrains connait une seconde jeunesse. Avec la politique du 1 %, qui oblige les édifices publics à investir dans l’art et la culture lors de leur construction, les mécènes deviennent de moins en moins nécessaires. Sous l’influence de nouveaux directeurs artistiques, les artistes ont davantage de liberté dans leurs pratiques, ce qui se traduit par une diversité d’œuvres, de la sculpture motorisée à la grille musicale, en passant par les structures lumineuses. L’architecture des nouvelles stations est également touchée avec des constructions plus ouvertes, plus aérées et mieux éclairées.

Une visite dans le métro

D’année en année, le métro de Montréal a su enrichir sa collection, souvent auprès des plus grands artistes du Québec, devenant par la même occasion un lieu d’expression pour l’art public.

4 - Murale de la station Papineau : Les Patriotes de 1837-1838 (artistes : Jean Cartier et George Juhasz) © Mathias Doisne

À l’heure actuelle, à l’instar d’un véritable musée, la ville se doit de mettre en valeur l’ensemble de ces œuvres et, surtout, sensibiliser la population à ces créations qu’elle croise au quotidien. Touristes ou usagers doivent savoir qu’une opportunité leur est offerte d’accéder à une partie de la richesse patrimoniale montréalaise au prix d’un simple ticket de métro.

Pour les plus curieux et à défaut de pouvoir se déplacer à Montréal, il existe aujourd’hui différents sites Internet qui répertorient l’ensemble des œuvres présentes dans ces galeries souterraines. Parmi ces derniers, le site www.metrodemontreal.com est sans doute le plus complet. Réalisé par un amateur et amoureux du métro, il offre une multitude d’informations sur chaque artiste et chacune de leurs productions.

Une balade en photos :

 

 

 

 

 

 

 

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Un commentaire

  1. @geraldinegrumme
    22 novembre 2012 at 21:48 Répondre

    Le métro de Montréal : entre transport en commun et musée souterrain http://t.co/bVY8B0D6 via @AudeMathey

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