De l’Art de convertir une ville au Street Art, l’exemple de Saint-Gervais-les-Bains (au pied du Mont-Blanc) et focus sur le mécénat artistique

Habiller le parking souterrain du centre ville de Saint-Gervais Mont-Blanc en un véritable lieu d’art contemporain tel est le projet culturel de cette commune savoyarde au pied du fameux massif du Mont-Blanc.
Entre le 15 et le 31 mai 2017, 12 artistes internationalement reconnus ont ainsi eu le champ libre pour donner cours à leur imagination pour donner de la couleur sur 11 niveaux de surface de parois monochromes de béton typiques d’un parking, construit en 1983 et à l’origine dédié au remisage des batteries, méritant ainsi une deuxième vie et vouant le destin de cette commune comme lieu d’attraction d’Art Contemporain.


L’entrée du Saint-Gervais Contemporary Art Platform ainsi que la façade réalisée par les artistes italiens Sten-Lex (avec pour mécènes les Chalets Grosset-Janin) (Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Cette aventure haute en couleurs, portée par son maire, Jean-Marc Peillex, et sous le commissariat d’Hugues Chevallier, président de l’association Kill Art Factory et de l’artiste Frédéric Battle (Zoer) est intitulée 2KM3, pour 2 000m3 de surface investie par les artistes.
Le nouvel espace ainsi inauguré Saint-Gervais Contemporary Art Platform, entièrement financé grâce au mécénat pour un budget global avoisinant les 500 000 euros (dont un mécène par niveau) mobilisant également des bénévoles de cette ville pour réaliser les travaux de préparation et qui se sont chacun engagés, aux côtés des 13 mécènes, soit pour la réalisation de l’un des niveaux du parking, de la façade, de l’éclairage des œuvres, soit au travers de la fourniture de la peinture. Dont, un mécène mis à profit pour une mise en lumière éco-responsable des lieux, complètement en LED pour une puissance quatre fois supérieure pour un coût deux fois moindre au matériel d’origine, soit 350 points de lumière à changer pour mettre en valeur les œuvres.


La façade des artistes Irsut et Zoer réalisée en 2016 pour le 95ème anniversaire de l’atterrissage réussi sur le col du Dôme ainsi que l’Église Saint-Gervais en arrière plan, église primitive antérieure au XIIe siècle et reconstruite à la fin du XVIIe siècle, dédiée à saint Gervais, martyr du Ier siècle (Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Le maire de cette cité thermale, Jean-Marc Peillex, souhaitait prolonger cette dynamique artistique, initiée par deux événements réussis précédemment, que furent le KILL ART FACTORY, festival d’art urbain, et la réalisation par les artistes Irsut et Zoer d’une fresque géante au cœur de Saint-Gervais reproduisant la photo originale du premier atterrissage d’un aéronef au col du Dôme, sous le Mont-Blanc.


Entrée des thermes de Saint-Gervais et vue panoramique sur le massif du Mont-Blanc (Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Saint-Gervais, déjà connu pour ses thermes revigorantes (dont le propriétaire, la firme L’Oréal effectuera près de 5 millions de travaux de modernisation des lieux en 2018), son casino, son Festival d’Humour, ses 445 km de pistes entre les conifères, sa proximité avec le Mont-Blanc alias le “Toit de l’Europe”, relié via le domaine du Prarion par le Tramway du Mont-Blanc, train à crémaillère le plus haut de France, s’annonce à présent comme destination d’un nouveau tourisme amateur d’Art contemporain.


Le parking avant le projet et l’esquisse d’avant projet de Zoer (Crédits photo: Saint-Gervais)

La date du 15 mai 2017 avait donné le coup de départ du 2KM3 Saint-Gervais Contemporary Art Platform, (qui s’est étalé jusqu’au 31 mai 2017), contraction de deux mille mètres cubes, soit le volume avec lequel chaque artiste avait dû composer. Chacun d’eux s’était vu attribuer un étage, soit 450 m2 de mur et 500 m2 de plafond. Sans contrainte de médium, les artistes devront s’approprier les lieux et apprivoiser les caractéristiques esthétiques liées au contraintes d’un parking.
Au terme de cette période d’intensité créative, le lieu s’est ainsi mué en un immense musée alternatif gratuit, ouvert 365 jours par an, 24 heures sur 24.
Cet événement, unique en son genre, s’inscrit dans la lignée du Lasco Project du Palais de Tokyo, ouvrant la voie à une nouvelle manière d’intégrer l’art dans la ville, dans son paysage architectural.
D’ailleurs plusieurs artistes du collectif en ont d’ores et déjà fait l’expérience à travers différents projets d’habillage urbains qui ont pu redonner des couleurs à quelques villes au plus grand plaisir des habitants, à l’instar de municipalités comme Rouen ou Nantes qui se sont laissées séduire par la teinture de lieux publics leur donnant une nouvelle jeunesse.
Des artistes de tous pays qui étaient en mesure de s’intégrer dans l’espace avec chacun un thème d’inspiration propre, amenant à penser l’artiste argentin Elian Chali prétendant “qu’il faut habiter l’œuvre, avec une figure qu’on doit voir partout”.


Quelques esquisses du compte rendu, les artistes jumeaux serbes Sobekcis et britannique ROID MSK dont les mécènes furent la SEMCODA et Carré d’Or Immobilier (Crédits photos: Alexandre Plateaux).


Les perpectives rectilignes de l’artiste argentin Elian Chali et l’univers latino tout en bulles de Velvet, soutenus par la SEMCODA et Babilou (Crédits photos: Alexandre Plateaux).


Les fresques tropicales de JAW ainsi que le travail d’Étienne de Fleurieu avec ses constellations stellaires, bien que l’œuvre soit exposée dans un des étages les plus bas. Installations financées par la station de ski de Saint-Gervais-Mont-Blanc et les Thermes de Saint-Gervais-les-Bains (Crédits photos: Alexandre Plateaux).


L’espace final de Zoer et celui de son acolyte Swiz, soutenus par DocteGestio et le Casino de Saint-Gervais (Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Enfin une soirée d’inauguration des nouveaux lieux “repeints” a pris place le 2 juin 2017 accompagné d’une vente aux enchères caritative de l’œuvre “06” réalisée le 7 janvier 2016 à Saint-Gervais par Die_Cast, au profit de l’association “à Chacun son Everest !” venant en aide aux enfants atteints de cancer ou de leucémie et, depuis 2011, les femmes en rémission d’un cancer du sein à gravir “leur Everest”.

Avec des installations de : Elian Chali (Argentine), Étienne de Fleurieu (France), Felipe Pantone (Argentine), Jaw (France), Roids (Grande-Bretagne), SatOne (Venezuela), Sobekcis (Serbie), Sten & Lex (Italie), Swiz (France), Zoer & Velvet (Die_Cast)(Espagne – France).

2KM3 en quelques chiffres :
• 6 500 litres de peinture acrylique
• 2 500 bombes aérosol
• 11 niveaux de 40 m. de long, 20 m. de large, et 2,5 m.
de hauteur sous plafond.
• 11 500 m2 de surface peinte

L’Art Contemporain sous d’autres formes à Saint-Gervais-les-Bains


Le Pile-Pont Expo et la Maison forte de Hautetour, deux autres lieux vecteurs d’Art à Saint-Gervais-les-Bains.

Une autre facette artistique émerge par la présence du centre d’exposition permanente Pile-Pont Expo, Lieu d’art unique (de 9 mètres de plafond) sous le pont (construit en 2012) dans cet espace dédié depuis 5 ans pour des expositions in situ de juin à septembre, pour une fréquentation moyenne de 3 000 visiteurs par an.
Du 9 juin au 28 octobre 2017, l’artiste plasticienne Élodie Boutry nous enchante par son exposition “Cosmicisme”, par ses installations pyramidales tout de bois, certaines rétroéclairées, symbolisant des cristaux comme ceux qu’on peut trouver dans les massifs alpins, une scénographie étudiée à l’aide de couleurs joyeuses pour transparaître un message de fin inéluctable où tout devra un jour disparaître. Elle a donc l’habitude de créer des œuvres dans ses lieux d’exposition dont des volumes basés sur des formes géométriques plutôt de l’ordre du décoratif et immergées dans l’espace. Les pièces seront ouvertes à la vente au cours de l’exposition.


L’exposition “Cosmicisme” d’Élodie Boutry (Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Par ailleurs, la Maison forte de Hautetour, ancienne maison forte du XIIIeme siècle devenue centre culturel, situé à proximité du centre ville abrite un musée présentant une ascension virtuelle du mont Blanc ainsi que l’histoire des guides de Saint-Gervais. Il programme actuellement une exposition temporaire “Ligne de crête” et accueille des artistes en résidence dont l’installation de l’artiste de Sallanches, Xavier Brandeis, qui a interrogé le rapport de l’homme à la montagne, avec une étude approfondie du champ lexical de la montagne avec son installation extérieure sur acier Corten, baptisée “Révisions Étymologiques” devant le dôme de Miage, avec certains mots basés autour de la norme et de la règle, d’un double regard étymologique.


Installation de Xavier Brandeis “Cultures Sommitales”, à base de fragments de pierres du massif du Mont-Blanc et quelques éléments témoignant des multiples cordées possibles pour gravir le Mont-Blanc (Crédits photos: Alexandre Plateaux).


Installation de Xavier Brandeis “Révisions Étymologiques” (Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Dernière touche moderne pour rafraîchir l’Histoire, l’Église de Saint-Gervais, comprenant une façade typiquement baroque, qui se doit d’avoir un retable, et avec des vitraux normalement blancs pour laisser rentrer la lumière à l’instar du patrimoine baroque régional et ses dizaine de chapelles des environs.
Particularité du site récemment rénové avec de nouveaux vitraux thermoformés, inaugurés en 2017, contenant des couleurs dotées de cuissons différentes, conçus par le Père sud-coréen Kim Hen Jong, également auteur des vitraux de la chapelle Bâtiaz à Martigny.


(Crédits photos: Alexandre Plateaux).

Un focus sur le mécénat culturel:
Le mécénat culturel consiste en un don à un organisme d’intérêt général ; il peut être en compétence, en nature ou en numéraire.
Pour une entreprise, le mécénat ouvre droit à une réduction d’impôt de 60 % de la valeur du don dans la limite de 0,5 % du chiffre d’affaires.
Chaque année, grâce au mécénat culturel, de nouveaux lieux artistiques peuvent voir le jour, des chefs-d’oeuvre en péril peuvent être restaurés, et des trésors nationaux sont achetés par les grands musées français.
Pour en savoir plus sur le mécénat culturel: Article 238 bis du Code général des impôts.
La Commune de Saint-Gervais Mont-Blanc, en parallèle à la réduction d’impôt, offre aux mécènes du projet 2KM3 des contreparties supplémentaires, via le « Club de mécènes 2KM3 » créé pour l’occasion.

Lien de la soirée d’inauguration, du 2 juin 2017 au parking de Saint-Gervais.

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Un commentaire

  1. La Revue de Presse Tourisme & Digital n°42 | UNIGO
    22 mai 2017 at 07:23 Répondre

    […]  Transformer un parking, un mur, un bâtiment en Art : « De l’art de convertir une ville au Street Art : l’exemple de Saint-Gervais » […]

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