Rencontre avec l’auteure Sophie Chabanel

 © Emmanuel Fagnou

Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Quand j’avais six ans, je rêvais de devenir écrivaine – j’avais même le titre de mon roman. Ensuite, cette idée m’est sortie de la tête. J’adorais écrire, mais pas de la fiction : des courriers de protestation aux journaux, un journal intime à l’adolescence… et des lettres d’amour. Jeune adulte, j’ai fait quelques tentatives de livres vite abandonnées. Et puis, à une époque difficile de ma vie, j’ai décidé de me lancer pour de bon. Comme souvent, mon premier roman est assez autobiographique. 

Quel est votre parcours ?

J’ai fait HEC parce que j’étais bonne élève, un peu par hasard. Après quelques années en entreprise, j’ai décidé de travailler dans une association d’insertion, pour me sentir plus utile. Une expérience passionnante et des rencontres très fortes, mais aussi un certain sentiment d’impuissance. D’où ma deuxième reconversion, il y a dix ans. En plus de l’écriture de livres, je suis devenue formatrice en communication écrite et orale, conférencière sur le management vu par les écrivains et animatrice d’ateliers d’écriture sur le travail. Cette activité, variée et riche en échanges, me passionne – c’est un excellent complément à l’écriture, où l’on est tout seul. 

Comment est née la Griffe du chat ?

L’étincelle de départ a été le bar à chats qui a ouvert près de chez moi. Je n’y ai pas mis les pieds mais l’idée m’a tout de suite amusée : j’ai décidé d’en faire le décor de mon prochain livre. L’autre lieu qui m’a inspirée est un PMU ringard de mon quartier de la Croix-Rousse, transformé à grand frais en café branché, avec latte et menu en ardoise. Au moment de la réouverture, la même bande de pochetrons était là, fidèle : la clientèle, elle, n’avait pas été rénovée !

À côté de ces choses qui m’amusent, je voulais aussi parler de sujets qui me touchent, comme la petite ville de Bailleul, dans le Nord, visitée par hasard. Détruite pendant la Première guerre mondiale, elle a été reconstruite dans une architecture « flamande traditionnelle », en fait factice. Pourtant, les guides touristiques laissent entendre que la reconstruction a été faite à l’identique : comme si avouer que la nouvelle ville ne ressemble pas à l’ancienne lui enlevait de la valeur – au contraire, je trouve que c’est une belle histoire d’avoir voulu inventer une ville plus belle qu’avant. Et puis, j’avais envie de partager mes indignations personnelles, par exemple sur l’humiliation publique à la télé ou l’omniprésence de la violence, qui me mettent hors de moi. J’avais envie de glisser, par exemple, ce que je pense de l’expression « balance ton porc » – d’ailleurs, les média disent aujourd’hui « me too », comme s’ils se rendaient compte, a posteriori, que ça ne sonnait pas si bien que ça…

Vous voyez que ça part un peu dans tous les sens, mais paradoxalement, les contraintes facilitent l’écriture. Les deux flics se sont imposés très vite, aussi : pour moi, les personnages sont toujours au centre de l’écriture. Il ne me restait plus qu’à inventer une histoire, qui tisse un lien entre tous ces éléments ! 

Vous avez écrit votre livre en combien de temps ?

Environ huit mois. Jean-Paul Dubois dit qu’il écrit ses livres en un mois, mais pour moi, c’est un record ! Il m’est arrivé de travailler pendant trois ans sur le même livre. Heureusement, la rapidité n’est pas un objectif – l’activité de création est un des rares champs qui échappe à notre injonction permanente de vitesse.

Comment écrivez-vous ?

Contrairement à mes romans non policiers, j’ai commencé par écrire une trame complète de l’histoire. Il est rassurant de savoir où on va et l’enquête tient mieux la route. Je passe à l’écriture après. Enfin, en général. Tout ça se croise quand même un peu. J’ai parfois envie d’écrire des passages très tôt, sans savoir où ils iront. Et la trame évolue au fil de l’eau, avec des idées nouvelles qui apparaissent et d’autres qui tombent.

Avez-vous des rituels ?

Pas vraiment. J’écris généralement mon premier jet sur un cahier, puis je recopie mes chapitres à l’ordinateur, au fur et à mesure : ça me fait une première relecture. Pour le lieu, j’aime bien changer d’endroit. J’écris souvent chez moi, à ma table de salon. Mais il m’arrive d’aller travailler au café, pour voir du monde.

Quels conseils donneriez-vous aux apprentis écrivains qui souhaitent être publiés ?

Avant tout d’être tenaces ! On passe par des périodes de découragement, soit parce qu’on n’avance pas, soit parce qu’on se heurte à des refus. Si on aime vraiment écrire, il faut s’accrocher. J’ai publié chez cinq éditeurs : à chaque fois, mon texte a été envoyé par la poste. Les éditeurs continuent à lire les manuscrits – sans doute plus les grandes maisons que les petites qui n’en ont pas toujours le temps.

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