Contenu ouvert (open content), une tendance lourde pour les musées ?

Après le Centre Pompidou virtuel, dont nous avons parlé ici puis , et le Rijksstudio, projet du Rijksmuseum, pour lequel nous avons interviewé Peter Gorgels, c’est au tour de The Getty, l’une des plus grosses organisations culturelles américaines et basé à Los Angeles, de rendre une partie de sa collection – dont elle possède les droits ou dont ceux-ci sont tombés dans le domaine public – accessible gratuitement au public via l’Open Content Program.

A cette fin, James (Jim) Cuno, directeur général de The Getty, a bien souhaité nous en dire un peu plus.

« Rendre la culture et le savoir accessible à tous et pas uniquement aux élites »

Quand J. Paul Getty a légué sa fortune et ses oeuvres d’art au Los Angeles County Museum of Art en 1948, il a souhaité que ces dernières puissent être utilisées selon le voeu pieu qu’il s’était fait : à savoir rendre le savoir culturel accessible au plus grand nombre. Il soutenait en effet l’idée que l’art devait contribuer à l’éducation et au divertissement du public. Pensée révolutionnaire pour l’époque !

Ainsi, selon Jim Cuno, The Getty, via le programme Open Content, a trouvé une nouvelle façon de rendre ce savoir accessible à encore plus de monde. Au départ les collections (et les ouvrages) numérisés étaient téléchargeables par les étudiants, les professeurs et les artistes – on reconnaît ici la mission d’éducation de la fondation.

Le contenu ouvert ou open content fait partie en quelque sorte de la tradition maintenant quand on parle des bibliothèques, souligne Jim Cuno. « Il nous a donc paru logique, puisque c’était déjà ce que faisait la Getty Trust, de pousser plus loin l’expérience ».

Capture d'écran de la recherche des contenus de The Getty © The Getty

Capture d’écran de la recherche des contenus de The Getty © The Getty

Cependant contrairement au projet Rijksstudio, qui permet également au public d’imprimer les œuvres téléchargées directement via son site grâce à un outil d’édition – et un renvoi vers des sites partenaires pour des projets d’impression plus complexes, l’open content program n’a pas souhaité développer de modèle commercial. « Nous n’avons pas lancé ce projet pour le profit mais tout simplement parce qu’aujourd’hui il est impossible de policer certains comportements sur la toile. Alors plutôt que d’avoir des images en basse résolution, nous avons proposé au public de télécharger directement des contenus en haute résolution, en faisant mention de nos crédits bien sûr » ajoute Jim Cuno. La volonté d’éduquer son public semble aller assez loin à The Getty.

« Le téléchargement des 4 600 œuvres a pris environ 5 ans, durant lesquels les ouvrages de notre fonds ont aussi été téléchargés. 10 000 œuvres sont en projet de numérisation » développe Jim Cuno. Il souligne, par ailleurs, que l’intérêt général étant toujours l’objectif premier à poursuivre, The Getty cherche constamment à proposer la meilleure résolution possible au public, avec bien entendu les meta données qui leur sont attachées. Une réserve cependant, l’outil est assez peu intuitif. Il faut naviguer longuement dans les collections avant de pouvoir trouver le lien « Download », puis remplir un formulaire pour enfin télécharger véritablement l’image. Le prix à payer pour un contenu véritablement ouvert ?

Formulaire que j'ai eu à remplir pour une image (scultpure du cheval) pour cet article- Dissuasif...

Formulaire que j’ai eu à remplir pour une image (scultpure du cheval) pour cet article- Dissuasif…

Un succès certain ?

Le lancement du projet a littéralement fait s’envoler les statistiques souligne Julie Jaskol, directrice adjointe des relations médias. Les visites ont augmenté de 500% par jour depuis le lancement du projet début août. Et le formulaire de téléchargement a été vu 57 000 fois – un peu plus que les téléchargements effectifs.

Bronze - Adriaen de Vries Dutch, about 1605 - 1610 © The Getty

Bronze – Adriaen de Vries Dutch, about 1605 – 1610 © The Getty

Le succès du public pour des projets similaires comme cités plus haut ou comme celui du Los Angeles Museum of Arts et tous ceux qui d’une façon plus générale ont ouvert leurs contenus au public ne semble pas se démentir. Cependant, tous les artefacts numérisés de The Getty et qui sont téléchargeables ne sont pas forcément adaptés à un usage autre que l’illustration d’un propos scholastique ou le simple fond d’écran. En effet, The Getty possède un fonds très riche de scultpures, de mobiliers et d’objets en tout genre. On comprend donc aisément pourquoi l’organisation n’a pas souhaité reproduire – au-delà de son aspect mercantile qui semblait déranger M. Cuno – le même modèle que celui du Rijksstudio. Ce n’est tout simplement pas applicable pour une grand partie des collections.

Enfin, Google avait donc vu juste en donnant accès à quelques collections de musées aux internautes partout dans le monde. Cependant, bien que Jim Cuno reconnaisse que le Google Art Project a certainement beaucoup aidé le musée à faire connaître ses collections, il n’en demeure pas moins que celles présentes sur l’Open Content Program soient bien plus nombreuses, téléchargeables gratuitement en haute résolution et surtout dans un objectif d’éducation uniquement. The Getty n’étant pas une institution à but lucratif comme Google, elle se doit donc d’avoir une démarche plus responsable et plus ouverte que ce dernier, souligne Jim Cuno.

Une façon d’expliquer certains manques du projet de Google et sa vision universelle de l’art et de la culture ?

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Un commentaire

  1. Contenu ouvert (open content), une tendance lou...
    8 avril 2014 at 23:47 Répondre

    […] Après le Centre Pompidou virtuel, dont nous avons parlé ici puis là, et le Rijksstudio, projet du Rijksmuseum, pour lequel nous avons interviewé Peter Gorgels, c’est au tour de The Getty, l’une des plus grosses organisations culturelles américaines et basé à Los Angeles, de rendre une partie de sa collection – dont elle possède les …  […]

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