Hervé Boudon ou l’héritage transcendé

Rencontrer Hervé Boudon, c’est plonger dans un univers incroyablement féérique. Cet historien-coiffeur, qui a tenu salon et coiffé les plus grands, est un véritable artiste. Et c’est peu de le dire.

Depuis 40 ans, Hervé Boudon peint et dessine les femmes. Peu d’hommes dans ses carnets d’artiste. À l’occasion de la sortie de son livre, celui qui a travaillé pour le théâtre, la publicité (et bientôt le cinéma) a accepté de répondre à quelques questions.

Vous venez de sortir un livre intitulé Une histoire de la coiffure. Quelle a été votre démarche ?

Vous savez, j’ai toujours aimé dessiner. En parallèle, cela fait très longtemps que j’étudie l’histoire de la coiffure, sa richesse, sa fonction culturelle et sociale au cours des siècles. Je fréquente les bibliothèques, les musées, les expositions, les églises, les temples, bref tous les lieux qui me permettent de comprendre son évolution. Je suis aussi très attaché à l’enseignement et à la transmission. Ce livre est donc la convergence de tous ces paramètres.

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Vous avez participé à plusieurs expositions et manifestations en France et à l’étranger. Est-ce que cela signifie que la coiffure est aujourd’hui considérée comme un art ?

Oui, pourquoi ? Vous en doutiez ? Trêve de plaisanterie. Vous avez tout à fait raison de parler d’aujourd’hui car cette reconnaissance est récente. Malheureusement, elle reste confidentielle. Par exemple, cela a été un vrai privilège pour moi de pouvoir exposer mes œuvres au Musée Galliera qui a parfaitement compris la démarche dans laquelle je m’inscris. Le plus difficile a été de choisir lesquelles mettre en avant.

Dessiner une coiffure me permet de raconter une histoire. C’est justement cela qui me passionne car cette histoire est différente à chaque fois.

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C’est la même chose lorsque je travaille pour le théâtre. Mon rôle est de sublimer l’apparence des comédiens et de magnifier leur jeu. Un acteur n’est pas une potiche qu’on va déguiser pour un rôle. Comme dans la vie, sa coupe sera un élément déterminant de son caractère, de sa position sociale ou autre. Si l’action de la pièce se passe dans la Rome antique, il faut que le comédien interprète le personnage tout en gardant sa propre personnalité.

Je me souviens quand Richard Fontana, merveilleux acteur de la Comédie-Française au caractère bien trempé et aux traits fermement dessinés, a joué Néron dans Britannicus. Je lui ai fait une permanente sur cheveux courts avec ce qu’on appelle dans le jargon des effets copeaux pour lui donner ce style antique et viril à la fois, nécessaire au rôle.

Pour vous, un artiste doit pouvoir s’inspirer du passé pour créer. N’est-ce pas contradictoire ?

Pas du tout ! Je pense sincèrement qu’il est indispensable de connaître le passé pour trouver l’audace et la hardiesse pour créer. Bien sûr, je ne parle pas de copier ce qui existe déjà. Je parle de réinterpréter les choses en les dépassant. C’est l’essence même de l’artisan comme de l’artiste. Dans mon livre, je fais d’ailleurs des parallèles entre une coiffure ou une coupe d’hier et sa réinterprétation aujourd’hui.

    

Depuis tout temps, la chevelure fait partie intégrante des mythes et rituels. Les tableaux, les tapisseries, les vases, les photographies, etc. où l’on voit des femmes, figées à jamais dans une beauté éternelle, sont les témoins de leur époque. Ils sont notre héritage. Et cet héritage est un véritable trésor qu’il nous faut préserver si nous voulons continuer d’apprendre et d’avancer.

En mai 2015, Muriel Mayette, directrice de la Villa Médicis à Rome, vous a invité à faire des démonstrations lors d’une soirée pour les Jeudis de la Villa.

Au cours de cet événement, j’ai fait une démonstration en live (trois créations tirées du grand répertoire et réalisées sur modèles) qui a été suivie d’un échange avec le public. Pour moi, c’était extrêmement intéressant de pouvoir expliquer mon travail, ma démarche à un auditoire qui, au premier abord, ne comprenait pas forcément ce que je faisais là. Je suis souvent confronté à ce genre de réaction. En effet, pour le grand public, un coiffeur n’est pas un artiste. À la limite, un artisan mais même ça, ce n’est pas gagné. C’est ce contre quoi je me bats depuis toutes ces années. Je veux que la coiffure ne soit pas galvaudée, qu’elle soit considérée comme un art.

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En tant qu’artiste, comment faites-vous pour trouver les fonds nécessaires à vos projets ?

C’est une bonne question ! Je ne vous cache pas que cette quête est longue et pas toujours couronnée de succès. J’ai la chance d’avoir des amis qui ont toujours cru en moi. Sans eux, mon livre n’aurait jamais vu le jour. Toutefois, je dois absolument diversifier mes sources de financement comme on dit maintenant. Ainsi, pour ma prochaine exposition en lien direct avec le livre, je vais faire appel au financement participatif. Je m’y intéresse depuis peu et je trouve que ce système est une très bonne chose. Il ouvre le champ des possibilités. Tout le monde peut devenir mécène et aider n’importe quel artiste à se faire connaître, voire reconnaître.

 

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