Karpff, le portraitiste de l’impératrice Joséphine retrouve Colmar

On connaissait Jean-Jacques Karpff comme portraitiste en dessins et miniatures.
Le musée Unter-Linden de Colmar, récemment agrandi, offre une tribune inédite à près de 80 œuvres issues de collections diverses de l’artiste natif de la ville. Reflet d’un travail relativement peu prolixe en quantité et largement méconnu aujourd’hui, évoluant entre néo-classicisme et romantisme, entre beaux-arts et arts appliqués.
Le phénomène de la miniature étant très prisé dans les places de marché de l’Art parisien et londonien depuis une trentaine d’années.

Une exposition thématisée où on avance dans le temps donc sa contribution avec les Arts Décoratifs, et une dernière partie sur la physionomie de la parure des costumes masculins et féminins. Un épilogue proposé dans un espace adjacent d’artistes contemporains attirés par le travail du miniature, notamment en porcelaine.

Un atelier du peintre miniaturiste Jean-Baptiste Jacques Augustin vient illustrer l’outil de travail type pour un miniaturiste. Il est présenté avec son pupitre à crémaillère, son indispensable loupe binoculaire, son support souvent en ivoire et son ensemble d’une variation de pigments qui viendront égayer ces œuvres focalisées sur le détail. Des énonciations de ses autres contemporains sont également présentés tels que Pierre-Louis Bouvier, Jean-Baptiste Isabey, Louis-Léopold Bailly ou encore Jean-Baptiste-Jacques Augustin.


Deux oeuvres de contemporains de Karpff: Jean-Baptiste Isabey (1767-1855). Paris, musée du Louvre / Jean-Baptiste-Jacques Augustin (1759-1832). Paris, musée du Louvre (Crédits photo: Musée Unter-Linden).

La situation artistique de Colmar avant la Révolution est présentée en introduction.
C’est une cité viticole et agricole de 13 000 habitants, qui s’ouvre rapidement à l’industrie de l’indiennage. Après la fin de la prohibition des tissus imprimés en France (1759), des manufactures alsaciennes se développent grâce au soutien des places financières suisses et allemandes.
Faute d’artistes locaux, elles font appel à des dessinateurs et des graveurs venus d’ailleurs : c’est ainsi que les artistes parisiens Bonaventure Lebert et Philippe de Saint-Quentin, établis à Colmar, vont jouer un rôle déterminant
dans l’apprentissage artistique du jeune Karpff, mis en contact assez jeune par le miniaturisme.


Un exemple type d’indienne « Vues et sites de la Vallée de Munster en Alsace » réalisée par Karpff et Lebert, imprimée par Haussmann et qui n’est pas, une fois n’est pas coutume, une miniature puisqu’il s’agit d’un assemblage de 10 morceaux pour une surface de 199 x 237 cm alors que les dimensions moyennes d’une miniature sont de 30 x 20 cm (Crédit photo: Musée Unter-Linden).

Un parcours qui connut une première période à Paris en tant qu’étudiant après avoir reçu une formation à Paris auprès de Jacques-Louis David jusqu’à la fin de 1793, ce dernier considérait d’ailleurs qu’ « on ne pouvait pas
pousser plus loin l’art du dessin ». C’est grâce à ce ponte des Arts qu’il s’essaiera au nu académique (dit les « académies ») et qui aura comme surnom auprès de ses camarades le sobriquet de « Casimir », pseudonyme par lequel il signera certaines de ses œuvres. Cette première parisienne se déroula sous de bons hospices pour le jeune Jean-Jacques puisqu’il aura le privilège d’être hébergé par le comte de Narbonne-Lara au sein du Palais du Luxembourg.


Un comparatif de dessins de cette ère post-révolutionnaire avec cet exemple d’académie par Anne-Louis Girodet, « Académie d’Homme Assis » (1793) / le dessin « La liberté couronnant le peuple » de Karpff (1794) (Crédits photo: Musée Unter-Linden).

De retour à Colmar entre 1793 et 1806, il devient artiste citoyen dès lors qu’il contribue aux œuvres artistiques à la gloire de cette république naissante et où il enseigne au sein de l’école Centrale de Colmar duquel émergeront quelques élèves qui firent carrière dans l’Art dont un chantre de la lithographie alsacienne Martin Rossbach ou encore Jean-Étienne Decker, établi plus tard en Autriche.

Durant sa période alsacienne, Karpff s’adonne également aux portraits dessinés et souvent rehaussés à la gouache.
Ce talent pour le portrait lui assure une renommée régionale qui lui offre l’opportunité de rencontrer l’impératrice Joséphine à Strasbourg en 1805, à qui lui sera commandé un portrait qui connut plusieurs retouches avant d’être présenté au Salon de Paris de 1808 et qui portera un prétexte pour un retour vers Paris où il restera jusqu’à la fin de sa vie, après s’être établi chez la poétesse Victoire de Babois.
En lieu et place, il s’efforcera de se concentrer sur sa carrière de miniaturiste représentant des éléments de famille nucléaire et s’intéressant tout particulièrement sur les détails physionomiques de ces personnages allant pousser vers l’extrême la précision dans l’expression du visage de ses modèles, symbole d’une prouesse digne d’un orfèvre à la vue des dimensions déjà étroites de ses réalisations.
On y retrouve ainsi des portraits à l’encre de Chine représentant de la famille de Reiset, un des plus gros commanditaires de l’artiste, précurseur dans le domaine du striage.


Miniatures symboliques de l’apogée parisienne de Karpff représentant les Enfants Reiset (1818) / « Portrait de femme au voile » (1815) (Crédits photos: Musée Unter-Linden).


Une belle évolution dans le rendu d’expression de visage de l’artiste entre Karpff et son Autoportrait au Pastel (1793 ou 1794) / « Portrait du Docteur Morel » (1799) / « Portrait d’homme de trois quarts à droite », un des portraits plus expressifs peints par Karpff, où la technique de striage est bien présente (vers 1800-1810) (Crédit photo: Musée Unter-Linden).

Karpff et le mythe d’Ossian
Les thèmes d’inspiration évoluent et les sujets mythologiques tiennent une place de choix dans les miniatures de Karpff. L’artiste tombe sous le charme de l’épopée d’Ossian, barde écossais du 3ème siècle, qui serait l’auteur de poèmes gaéliques, traduits et publiés pour la première fois par James Macpherson entre 1760 et 1763. Les poésies d’Ossian exaltent la pureté sublime de la nature, une antiquité primitive et septentrionale dont la nouveauté séduit de nombreux disciples de David.


« Le dernier hymne d’Ossian », Karpff (1812).

www.musee-unterlinden.com
Jean-Jacques Karpff – « Visez au sublime »
Du 18 Mars au 19 Juin 2017

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