Comment réaliser une exposition virtuelle avec 4000$ca …

Marie-Blanche Fourcade, professeure substitut à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) est revenue mardi 12 avril, dans le cadre des Midi Labo au NT2 à l’UQAM, sur une expérience qu’elle a souhaité mener avec ses élèves dans le cadre du cours Organisation d’une exposition, offert par le département d’histoire de l’art à l’UQAM.

Ce cours, auquel 20 étudiants ont assisté cette année, a pour but d’organiser et de lancer une exposition en quinze semaines…

Habituellement, ce sont les étudiants qui choisissent la thématique de l’exposition, d’ailleurs souvent dans le domaine de l’art contemporain. Mais cette année, pour sa première édition, Marie-Blanche a imposé le format et la thématique : à savoir réaliser une exposition virtuelle sur l’art public commémoratif à Montréal, en partenariat avec le Bureau d’art public de la Ville de Montréal et le service audiovisuel de l’UQAM.

Ce projet représentait un défi et ce pour deux raisons principales :

  • le temps imparti à l’organisation de l’exposition ;
  • le budget alloué à l’équipe : 3 500$ca puis 4 000$ca soit environ 2887 €… (ce budget ne prenant pas en compte la valorisation du travail des étudiants et le salaire de Marie-Blanche Fourcade).

Pourquoi un tel sujet d’exposition ?

Le choix de la thématique découle d’un intérêt personnel de MBF, à savoir l’art public commémoratif à Montréal ( un art que l’on côtoie souvent mais que l’on voit peu) et le format de cette exposition (virtuelle ou cyberexposition selon nos amis québécois) dont elle devient une référence dans le domaine.

Comment organiser une exposition virtuelle ?

Cette exposition, temporaire puisqu’elle ne dure qu’un an, a été conçue sur le même modèle qu’une exposition “réelle”, au sens où un comité scientifique a été constitué et où les variantes temps, espace et travail artistique des oeuvres ont également été étudiées. La présentation des oeuvres fait suite à un long travail de muséologie et de muséographie, comme on s’y attend pour toute  exposition.

Cette exposition a été conçue pour être limitée dans le temps et ce pour plusieurs raisons :

  • les droits d’auteurs ne permettaient pas (au vu du budget) de lancer une exposition de plus longue durée ;
  • MBF estimait qu’il est facile, voire trop facile, de lancer un site, une exposition sur Internet et de la laisser vivre sans pour autant sans occuper, la mettre à jour, l’alimenter. Bref, ajouter du contenu permettant d’attirer l’attention des visiteurs. L’exposition a par conséquent été limitée à une année.

Les oeuvres présentées lors de cette exposition “Passages…” sont le résultat de 20 coups de coeur. Chaque étudiant avait à choisir une oeuvre de son choix dans le corpus proposé par le Bureau d’art de la Ville. De cette façon, chaque étudiant était responsable d’une oeuvre, de sa présentation, sa description.

Le but de ce projet était bien entendu de faire découvrir l’art public et ses artistes, l’histoire de ces oeuvres que l’on côtoie, créer un sentiment d’appartenance (à la fois des élèves mais surtout des habitants des quartiers d’où provenaient ces oeuvres), développer un intérêt et une sensibilité à l’art public et enfin, donner des pistes de lecture pour découvrir et expérimenter l’oeuvre sur place.

La médiation auprès du public devenait par conséquent différente des autres techniques de médiation. Il fallait donner une voix à l’art public tout en étant dans le cyberespace et non pas in situ et en gardant une qualité d’information et de présentation à l’esprit. Qualité des supports d’autant plus difficile à avoir sachant que peu d’oeuvres avaient des informations complètes sur leur origine , leur inauguration ou alors leur histoire et que les photographies fournies par le Bureau des arts étaient de piètre qualité.

Il a par conséquent fallu que les étudiants se réapproprient ces oeuvres, leur fournissent un descriptif détaillé sur l”histoire, l’inauguration, l’événement ou la personne commémoré, des artéfacts complémentaires permettant d’expliquer sa construction (plans, notes de l’artiste…).

Le fil conducteur de cette exposition étant le passage du temps sur les oeuvres, le dialogue entre les oeuvre et leur milieu, l’évolution de l’art public et commémoratif , les étudiants ont par conséquent développé une scénographie détaillée avec des images, des sons, des vidéos permettant de mettre l’oeuvre n mouvement et de la voir sous tous ses angles.

Quel site pour cette exposition ?

Le site de l’exposition virtuelle est bien entendu hébergé par l’UQAM. Les étudiants du cours n’avaient pas vraiment de compétences en développement informatique. C’est par conséquent le service audiovisuel qui a géré cette partie, en adéquation bien sûr avec les étudiants et leurs projets de maquette. Le budget étant, comme on l’a vu plus haut, assez réduit, le site internet se réduit donc à l’essentiel : mettre en avant les oeuvres sous toutes leurs formes, montrer l’évolution du temps qui passe et respecter les trois thématiques de l’exposition.

Par conséquent, pas de technique de médiation particulièrement innovante sur ce projet, pas de podcast ou baladodiffusion, pas de promotion à grande échelle (les étudiants ont joué via leurs différents réseaux), pas de liens vers Facebook ou autre Twitter…

Vers une nouvelle méthodologie des expositions virtuelles ?

Cependant, ce n’est pas la technologie qui importe ici mais plutôt la réflexion qui découle ce projet.

En effet, c’est une exposition virtuelle temporaire et j’insiste bien là-dessus. La méthodologie employée est bien la même que pour d’autres expositions beaucoup classiques et “en chair et en os” dans un musée. En effet, pourquoi appliquer une autre méthodologie aux expositions virtuelles temporaires qu’aux réelles ? Créer simplement un site internet sans réflexion muséologique ne pourrait en effet prétendre au titre d’exposition.

Aujourd’hui, nous faisons face à beaucoup d’immaturité dans ce domaine-ci. Les expositions en ligne sont malheureusement bien souvent encore de pâles copies des expositions temporaires. Elles ne font l’objet d’aucune narration et se limitent parfois au site corporatif. Selon Marie-Blanche Fourcade, l’exposition virtuelle ne devrait pas être traitée comme un support mais plutôt comme une matière, comme un contenu à part entière.

Par conséquent, la question qui se pose aujourd’hui mais n’est pas Avons-nous les moyens techniques pour mettre en place une cyberexposition ? mais plutôt Quel contenu pour cette cyberexposition ? Quelle méthodologie ?

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Marie-Blanche Fourcade
Professeure substitut
Ph.D. Ethnologie des francophones de l’Amérique du Nord (Université Laval)
Marie-Blanche Fourcade est détentrice d’une maîtrise en histoire de l’art (Paris I-Panthéon Sorbonne, 2002), d’un diplôme de deuxième cycle en muséologie (Université Laval, 2002) et d’un doctorat en ethnologie des francophones en Amérique du Nord (Université Laval, 2007). Elle enseigne, à titre de chargée de cours, depuis 2007 à l’UQAM et à l’Université Laval. Après avoir occupé le poste de coordonnatrice scientifique de l’Institut du patrimoine de l’UQAM et réalisé un stage postdoctoral à l’Université de Montréal, elle est, depuis janvier 2010, professeure substitut au sein du département d’histoire de l’art de l’UQAM. Ses enseignements se concentrent dans les champs du patrimoine et de la muséologie

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