La vie en turquoise

En 2015, les établissements recevant du public, quelle que soit leur envergure, devront pouvoir accueillir de façon équitable les publics handicapés et non handicapés. Les musées et lieux de culture sont donc concernés par cette mesure.

La législation prévoit en effet des aménagements spécifiques pour améliorer l’accessibilité et la sécurité des utilisateurs présentant un handicap. Aussi toute personne en fauteuil roulant ou malvoyant, malentendant devraient pouvoir accéder aux lieux publics sans difficulté notoire. La législation se durcit pour les créations de nouveaux établissements et amènera d’ici 2015, les établissements existants à s’adapter et améliorer leur accessibilité par une remise aux normes, décrites avec précision dans les articles 41,42,43,72 et 73 de la loi 2005-102 du 11 février 2005 et le décret 2006-555 du 17 mai 2006.

C’est dans ce cadre-ci que j’ai rencontré Aliza M’sika et Thomas Planchais de Langue Turquoise.

En 2010, un français sur 1 000 naissait sourd, 3 millions de français étaient considérés comme sourds, ce qui représentait 7% de la population française. (source : Fédération nationale des sourds français)
Les deux langues principales utilisées par les sourds (et non simplement les malentendants) sont la langue des signes et la langue française complétée.

Qu’est-ce que Langue Turquoise ?

Thomas Planchais et Aliza M'sika de Langue Turquoise

Langue Turquoise est une SARL tout juste créée par Aliza, sourde de naissance et professeure de langue des signes, et Thomas son associé. Elle intervient principalement dans trois secteurs :

– l’apprentissage de la langue des signes ;

– la traduction en langue des signes ;

– et la formation à la création d’entreprise (en langue des signes).

Au-delà de l’apprentissage de la langue des signes auprès de particuliers, l’association bénéficie d’un formidable effet de levier avec la loi sur l’accessibilité de 2005, décrite plus haut. En effet, selon Aliza M’sika, une grande partie de la population sourde est illettrée. Ceci étant notamment dû à l’oralisation de l’apprentissage de la lecture. Cette dernière est extrêmement liée au son et à la prononciation, chose incompréhensible pour un sourd profond. De plus, les jeunes sourds sont très souvent accueillis dans des classes non spécialisées et d’enfants non-sourds, ce qui provoque souvent un isolement et un rapide décrochage.

Langue turquoise, dont le non est tiré à la fois de la langue des signes et de la couleur – communautaire – de la population sourde (se rapprochant du bleu handicapé, sans pour autant l’être complètement), se propose, après plusieurs expériences notamment au sein de la Villette et la Cité des Sciences, d’adapter et de rendre accessible la culture au public sourd.

Comment développer l’accessibilité du public sourd dans les lieux culturels ?

Tout simplement grâce à la langue des signes internationale. En effet, tout comme le français, l’anglais ou l’allemand, la langue des signes est étroitement liée aux cultures locales et est par conséquent sensiblement différente. La langue des signes internationale serait un peu comme l’espéranto, avec une simplicité en plus : elle est plus descriptive, ce qui rend sa compréhension des choses et des concepts pour la population sourde plus facile contrairement à un public entendant avec l’espéranto.

Il faut bien comprendre que la langue des signes n’est ni un langage ni un outil, c’est une langue qui a sa vie propre, sa compréhension, sa culture et son évolution. Elle a par conséquent une place équivalente aux autres langues.

Aliza M’sika est professeure en langue des signes pour les sourds et malentendants,  peut également enseigner à d’autres professeurs cette même langue des signes et intervient également auprès de l’éductaion nationale. Elle enseigne également aux entendants. Après plusieurs sollicitations pour des traductions à la Cité des Sciences, Aliza et Thomas ont commencé à réfléchir à des interventions possibles pour que les musées et lieux de culture puissent se conformer en temps et en heure à la législation :

  • sur le site web : traduction en langue des signes (internationale) des contenus majeurs (ou de sa totalité) puisque la lecture peut parfois être un frein à la compréhension des personnes sourdes ;
  • sur les outils mobiles (smartphone et tablette tactile) : développer une application (vidéo) toujours à l’aide de la langue des signes. Cette application pourra également être développée, à des fins d’économie d’échelle pour tous les autres publics : français et étrangers, handicapés et non handicapés ;
  • sur le lieu de l’exposition : grâce notamment à des Flash codes ou QR codes, l’établissement pourra renvoyer le public vers une page web avec une traduction vidéo en langue des signes.

Ainsi Langue Turquoise travaille avec la Bibliothèque Publique d’information sur un projet d’exposition du Tricentenaire de l’Abbé de l’Epée. Cette exposition se veut en effet innovante sur l’accessibilité aux publics handicapés, elle sera par conséquent traduite à la fois en LSF (langue des signes française) et LSI (langue des signes internationale). D’autres projets en collaboration avec des agences de médiation sont à venir.

Pour contacter Langue Turquoise :

Aliza M’sika : aliza@langueturquoise.com

Thomas Planchais : thomas@langueturquoise.com

www.langueturquoise.com

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