Le Street Art investit aussi les bureaux, l’exemple du cabinet Baker McKenzie

Le cabinet d’avocats d’affaires international Baker McKenzie s’associe à Nicolas Laugero-Lasserre, collectionneur averti de street art, président d’Art42 et directeur de l’ICART (école de management de la culture et du marché de l’art), pour mettre à l’honneur l’art urbain à travers sa prochaine exposition « Urban Art ». Elle dévoilera le 24 mai prochain aux clients du cabinet des œuvres de street artists particulièrement renommés dans le somptueux décor de l’hôtel particulier parisien de Baker McKenzie, situé à deux pas des Champs Elysées. L’ambition commune des deux partenaires : soutenir la démocratisation de cet art dans un écosystème en pleine mutation sociale et digitale.

C’est la première fois qu’un lieu privé a l’honneur d’accueillir une vingtaine d’œuvres – souvent monumentales – de la collection de Nicolas Laugero-Lasserre. Cette exposition unique a débuté par un vernissage le jeudi 24 mai 2018 dans les locaux de Baker McKenzie, anciennement l’hôtel particulier d’Humbert de Wendel, célèbre homme d’affaires du 19ème siècle. Né dans la clandestinité, l’art urbain a, depuis les années 60, fait un long chemin. Ce mouvement artistique contemporain regroupe toutes les formes d’art réalisées dans la rue, ou dans des endroits publics, et englobe diverses techniques telles que le graffiti rapide sur mur, la réclame, le pochoir, la mosaïque, le sticker, l’affichage, ou les installations éphémères. Cet art, vu par un large public, s’immisce aujourd’hui dans les bureaux parisiens d’un des grands leaders du droit des affaires internationales en mode « private ».
Nicolas Laugero-Lasserre a ainsi été interrogé sur sa démarche et ce projet d’exposition d'”Urban Art”.


Dans chacune des pièces de l’hôtel particulier, les visiteurs pourront admirer les œuvres d’artistes de renom qui font l’histoire de l’art urbain : Shepard Fairey, Futura 2000, Jef Aerosol, Bault, Okuda, Madame, Dran, Momo, Gris 1, Pantonio JR, Banksy et Invader (crédits photo: Baker McKenzie).

– Quel est votre parcours et comment en êtes-vous venu à collectionner de l’Art urbain ?

En arrivant à Paris, j’ai découvert de nombreux artistes sur les murs de la ville, cela me fascinait. Je vivais alors dans le quartier de la Butte-aux-Cailles, temple du street-art. Je n’étais pas du tout initié, et cette pratique m’a justement semblé être un formidable moyen de faire découvrir l’art au plus grand nombre. Accessible, coloré, sincère, l’art urbain ne pose pas de barrières. Après les avoir découvert dans la rue, j’ai retrouvé les mêmes artistes dans les galeries. J’ai alors commencé à fréquenter diverses institutions culturelles, et ai eu l’opportunité de travailler à l’Espace Pierre Cardin, d’abord en tant qu’attaché de presse, jusqu’à ce qu’on m’en confie la direction de 2006 à 2015. J’en ai profité pour entretenir ma passion. En 1999, j’ai créé le média Artistik Rezo, suivi aujourd’hui par plus de 20 000 personnes. Dix ans plus tard, j’ai créé le club Artistik Rezo, permettant à 7000 personnes, dont 6000 étudiants d’accéder à de nombreux événements culturels. Je suis depuis 2014 membre du conseil d’administration de l’ADIAF (Association pour la diffusion internationale de l’art français) et président de l’Association des directeurs et producteurs de théâtre privé. Je dirige également l’ICART (l’école du management de la culture et du marché de l’art) depuis 2015. La même année, j’ai créé la galerie Artistik Rezo pour promouvoir de jeunes artistes d’art urbain. Je leur donne carte blanche pour concevoir leurs expositions.


Cette exposition fait écho à la culture et à l’esprit d’innovation de Baker McKenzie. Déjà en 2017, le cabinet lançait le tout premier programme « break the codes » : le premier hackathon d’un cabinet d’avocats, en partenariat avec 42 et Schoolab qui visait à imaginer le cabinet d’avocats d’affaires de demain. Pendant le vernissage, le collectif Monkey Bird réalisera une performance “live” sur un grand mur du jardin de l’hôtel particulier (crédits photo: Baker McKenzie).

– Sur quels critères s’est constituée votre collection (investissement ou coup de cœur) ?

J’ai commencé à acheter des pièces de street-art à la fin des années 1990, alors que seules 2 galeries spécialisées existaient à Paris. Aujourd’hui elles ne se comptent plus ! J’ai acheté ma première œuvre à 23 ans, il s’agissait d’un pochoir de MissTic sur un carton. Ca m’a paru fou à l’époque, mais beaucoup de folies ont suivi…

Je fonctionne davantage par coup de cœur ; les street-artistes offrent leur regard sur le monde au plus grand nombre. J’aime cet engagement, qui se manifeste différemment selon chacun. J’essaie de promouvoir leur singularité, tout en proposant une pluralité de messages.


Baker McKenzie est un cabinet engagé, mécène assidu de la création artistique et notamment de la photographie. Depuis mars 2015, le cabinet a organisé quatre expositions artistiques majeures. La première était consacrée aux « Femmes photographes », un événement qui défendait la diversité, un thème cher aux avocats (crédits photo: Baker McKenzie).

– Quel fut l’élément déclencheur de votre partenariat avec l’École 42 et en quoi consiste-t-il ?

En 2013, j’ai découvert l’école 42 dans la presse, un peu par hasard. La politique innovante de cette école de codage informatique m’a tout de suite parlé. J’ai rencontré le directeur, et j’ai commencé à prêter quelques pièces à accrocher dans l’école. Avec le temps, cela s’est développé en une exposition permanente, évolutive en fonction des achats, des prêts de ma collection.

Cela représente aujourd’hui l’aboutissement de 20 ans de collection, de parcours, de passion, mais surtout de partage. Les étudiants évoluent au milieu d’œuvre qu’ils apprivoisent et auxquelles ils finissent par s’attacher. Certains d’entre eux sont même médiateurs lors des ouvertures hebdomadaires et gratuites du musée, avec mes étudiants de l’ICART.

Nous bâtissons aujourd’hui un projet de grande ampleur au sein de notre école rue Pierre Charron : l’ICART MUSÉUM. L’art rentre dans l’ADN de l’école et rayonne sur l’ensemble des étudiants.


La deuxième exposition s’était déroulée à l’occasion de la COP21, afin d’affirmer l’engagement du cabinet pour la préservation de la planète. Cette exposition haute en couleurs, intitulée « La Terre : notre sublime Arche de Noé », avait réuni une trentaine d’œuvres de six grands photographes : Yann Arthus-Bertrand, Eric Bouvet, Alain Buu, Reza, Sebastião Salgado et Hans Silvester (crédits photo: Alexandre Plateaux).

– C’est assez original d’exposer dans un Cabinet d’Avocats. Comment est né le projet avec Baker – McKenzie ? Les œuvres créées In Situ, dans le patio, ont-elles vocation à rester pérennes ?

J’ai justement rencontré une partie de l’équipe Baker McKenzie au sein de l’école 42, lors d’un hackaton (compétition entre équipes pluridisciplinaires pour développer des projets novateurs en un temps record) : le Cabinet a lui aussi une vraie volonté de casser les codes, et de répondre aux nouveaux enjeux digitaux de ses clients. Les équipes présentes ont été interpellées par les œuvres exposées dans l’école, et le message véhiculé par leur présence.

Nous avons ainsi échangé et j’ai été invité à exposer mes œuvres au sein du siège parisien de Baker McKenzie. L’art urbain est pour moi un souffle de liberté, et l’inscrire dans une institution au cœur du pouvoir est formidable. Les artistes s’expriment et commencent désormais à être entendus et reconnus dans toutes les sphères de notre société. J’aime l’idée de participer à cette démocratisation inversée : le mouvement a d’abord existé dans la rue, et il monte aujourd’hui dans les lieux de pouvoir.

La fresque réalisée par les Monkey Bird restera aussi longtemps que les équipes de Baker McKenzie le voudront. Le fait qu’elle puisse être effacée ou détruite dans un futur plus ou moins proche fait partie intégrante de l’art urbain. Dans la rue, certaines pièces ne restent que quelques jours, voire quelques heures, d’autre des années…


Enfin, la troisième exposition fut réalisée en partenariat avec la MEP (Maison Européenne de la Photographie) et a permis l’édition d’un ouvrage d’art – “Une bibliothèque” – consacré au fonds de la MEP. Enfin, en 2017, le cabinet s’est associé à la galerie Templon pour une exposition des œuvres les plus récentes du peintre Philippe Cognée : un travail de peinture et de céramiques qui interroge sur le rôle des arts visuels dans une société où l’image, sous les effets des nouvelles technologies, est à la fois omniprésente et appauvrie (crédits photo: Baker McKenzie).

– Les œuvres furent sélectionnées avec le Cabinet et si oui, quelle équipe ? Représentent-elles des grandes tendances actuelles du Street Art ou bien sont-elles des jeunes pousses à mettre en avant ?

Le dialogue a été au cœur de la construction de cette exposition. Nous avons beaucoup échangé avec l’équipe chargée de l’événementiel et de la communication, l’idée étant de partager au maximum les œuvres avec les membres du Cabinet, les clients et prestataires.

Nous avons choisi de montrer les différentes facettes du mouvement, et ainsi des artistes plus ou moins reconnus. Certains artistes exposés sont incontournables dans l’histoire de l’art urbain, comme Banksy, Futura ou encore Shepard Fairey. D’autres sont plus émergents ; j’ai la volonté de soutien des jeunes artistes, comme Bault ou Madame, dont certaines pièces sont également présentes dans cette exposition.

“Urban Art”, Baker McKenzie, 1 rue Paul Baudry, 75008 Paris.

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Un commentaire

  1. opération street marketing
    18 juillet 2018 at 10:27 Répondre

    Mine de rien,on pense au début que le street art dans un tel bâtiment, ça va faire tâche! Mais en voyant les photos, je trouve que ça donne un peu de couleur et de peps aux pièces.

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