Limoges, capitale internationale d’un certain artisanat


L’Hôtel de Ville de Limoges, sa fontaine et son mobilier urbain à base de porcelaine et le Pavillon frigorifique du Verdurier de l’architecte Roger Gonthier. Restauré par la Ville de Limoges en 1978, le bâtiment est transformé en pavillon municipal d’exposition, dit Pavillon du Verdurier. Le sous-sol abrite des vitraux de Francis Chigot, installés après l’exposition consacrée à ce maître-verrier en 1980 (Crédits photo: Alexandre Plateaux).


Vues sur la mythique gare de Limoges Bénedictins, le jardin botanique de Limoges où vous pourriez trouver des pin’s estampillés Terra Aventura si vous releviez le défi de ce jeu de pistes culturel, dont l’application est à télécharger sur votre téléphone mobile et comptant de nombreux parcours sur l’ensemble du territoire de la région Nouvelle Aquitaine qui comprend ce département de la Haute-Vienne riche en savoir-faire, comme la porcelaine, la tannerie, le cuir avec les ganteries et les chaussures (JM Weston) ou encore le textile (les costumes Smuggler) (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

La Manufacture de porcelaine Bernardaud s’adapte aux modes
Le musée de la firme historique de manufacture de porcelaine Bernardaud (créée en 1863), situé en plein coeur de Limoges depuis 1998, présente l’art d’aborder la porcelaine du stade minéral au stade artistique. Par ailleurs, la Maison Bernardaud a obtenu le label de Fondation en 2002 permettant la tenue d’expositions temporaires internationales qui se tiennent chaque été.
Un circuit de visite y est ainsi installé dans une partie des anciens ateliers et présente les différentes étapes de la fabrication de la porcelaine, de même qu’une démonstration des techniques de fabrication et de décoration qui invite à une visite interactive.

Plus la qualité du kaolin est pure, meilleure sera la porcelaine découverte par Marco Polo au 13ème siècle mais seulement adoptée par les Européens au 18ème, le temps de maîtriser les différentes techniques inhérentes. Un développement facilité dans la région de Limoges par la proximité de sources de kaolin (aujourd’hui remplacé dorénavant par du kaolin allemand et néo-zélandais plus haut de gamme) et de forêts gorgées d’eau.


La porcelaine résultera d’un mixage de différentes matières premières, passant par plusieurs étapes liquides (barbotine) puis solides, le tout travaillés à l’aide de moules en plâtre, réutilisables jusqu’à 40 fois. Une démonstration est ainsi proposée lors de la visite de l’usine Bernardaud notamment à travers différentes machines dont la machine de calibrage pour affiner les formes plus complexes ou encore la presse isostatique suffisamment importante (10 tonnes) pour lier l’ensemble de composants et plus adaptée à de la vaisselle de type assiettes (jusqu’à 400 par heure).
Un processus qui ne s’arrête pas là puisque s’en suivent la cuisson dite dégourdie (24 heures à 900°) qui précède l’emaillage dans un bain d’email pour révéler l’ensemble des propriétés de chaque minéral et enfin une ultime cuisson de grand feu 1200°. Cette étape décidera du sort de chaque porcelaine quant à sa qualité qui fera l’objet d’un choisissage. Le contrôle de qualité est primordial puisqu’on compte en moyenne 25% de mauvais rebus, dont une partie pourra être utilisée pour d’autres créations artistiques ou du revêtement routier pour refléter la lumière (projet Lumiroute de Limoges).
La phase la plus noble de décoration pourra se faire sous forme de sérigraphie ou bien avoir le privilège du travail manuel d’une extrême minutie et dont le prix pourrait être inestimable.


Un ensemble des différentes collaborations de la maison Bernardaud avec des grands designers, entreposées sur des anciens chariots destinés à des fours, puis de la vaisselle personnalisée adressée pour de grands restaurants.





Une exposition temporaire intitulée “C’est le bouquet!”, ayant lieu jusqu’au 24 février 2018, dans les murs de la Fondation Bernardaud, propose un mélange d’artistes de nationalités multiples mêlant leurs univers respectifs à l’instar des artistes américains Christopher Adams et ses plantes grasses, Joan Bankemper et ses natures mortes en relief, l’australienne Alice Couttoupes et son travail sur des espèces végétales présentes en Australie avant l’arrivée des colons, les moules fleuris maculés de blanc de la japonaise Hitomi Hosono, les offrandes champêtres sur des tons bruns de Christopher Russell, les nénuphars de Malene Hartmann Rasmussen ou encore les anémones de mer en porcelaine de Zemer Peled (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

Le Musée national Adrien Dubouché dédié aux Arts de la céramique et de la porcelaine


Un musée créé en 1845 qui s’est déplacé à son emplacement actuel en 1860.
Adrien Dubouché lègue sa collection accumulée au fil des années et l’Etat la nationalise pour en faire un musée qui depuis 1881, fait partie des 37 musées nationaux et derrière lequel se situe une école d’art (Crédits photo: Alexandre Plateaux).


Depuis 2012, l’espace s’est transformé autour de quatre zones dont une technique de fabrication des céramiques, un tour du monde des céramiques du monde entier ainsi que ses différents usages dont médicaux (avec des prouesses médicales récentes réalisées par des entreprises locales sur des prothèses en céramique), des têtes de fusées spatiales également faites de céramique, le tout accompagné d’une signalétique réalisée toute en céramique (Crédits photo: Alexandre Plateaux).



Sur 18000 oeuvres en réserve, seules 5000 sont exposées et 1800 dans la grande halle rétrospective de la céramique à travers le monde, de la poignée de porte Mérigous, en porcelaine de Limoges, aux faïences britanniques ou germaniques (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

Un espace consacré à la porcelaine 100% de Limoges avec une scénographie spécialement conçue en 2012, pour le lieu par la scénographe Étienne Bardelli et l’Atelier ter Bekke & Beha, espace où on peut apercevoir la première porcelaine de Limoges datant de 1771 sous forme de médaillon.
Nombre d’autres pièces d’exception sont présentes dont les premières façonnées à la main par la manufacture Ruaud.
Au XXème siècle, apparaît une nouvelle méthode destinée pour la céramique également pour servir de message publicitaire où une industrie qui s’adapte aux demandes de leurs contemporains dont les poupées en porcelaine ou la conception de plaques funéraires, de service à vaisselle pour les vols Concorde. Puis les premières réalisations design avec des demi tasses d’Arman mais aussi des innovations avec de la vaisselle en céramique qui peut se laver en machine à laver et s’aimanter au mur, répondant aux nouveaux besoins du quotidien et ce de la firme Non sans Raison (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

La route de la porcelaine permet la visite s’étend sur tout le département de la Haute-Vienne et permet la visite de nombreux autres sites liés à cet Art…

Le Musée du Four des Casseaux de Limoges abrite un immense four rond à porcelaine classé Monument Historique, qui retrace l’aventure de la fabrication porcelainière sous l’angle passionnant des techniques et de la mémoire ouvrière.

Par ailleurs, il s’y déroule jusqu’au 31 octobre 2017, une exposition intitulée CONSTELLATION PORCELAINES, en simultané sur 4 sites et consacrée à l’histoire de la porcelaine de Limoges, à ses usages et ses représentations. Conçue par Jean-Marc Ferrer, historien d’art, commissaire d’exposition et responsable éditorial des Ardents éditeurs, elle s’intéresse ici à la thématique “Photographie et porcelaines: reflets des bords de Vienne à Limoges au XIXe siècle”. Enfin, à proximité immédiate, la Manufacture Royal Limoges propose ses créations exclusives comme cette vaisselle, à l’effigie de Fabergé. (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

D’autres moyens de concevoir les émaux à Limoges et ses alentours


Sise sur le boulevard Louis Blanc, boulevard des porcelainiers, le Comptoir des Savoir-Faire de la Galerie Christel, fondée en 1957, se spécialise sur des créations artisanales en émail, art déjà employé au Moyen Âge avec de la poudre de cristal apposée sur du cuivre rouge, qui a notamment la capacité de pouvoir subir plusieurs cuissons à 900°, en moyenne une dizaine contre 2 pour la porcelaine car l’émail se construit par strates et ainsi proscrire les émanations de cuivre, la calamine, qui peut émerger du cuivre lors de la cuisson. Néanmoins du fait de directives européennes freinant depuis 5 ans la composition en plomb, la nouvelle poudre d’émail, fabriquée dans l’unique usine européenne à Condat sur Vienne, complique le travail des artisans puisque le plomb permettait une nette meilleure adhésion.

Les techniques d’émaillerie ancestrales, dites de “l’Oeuvre de Limoges”, étaient cloisonnées et le champ levé dont les principaux commanditaires étaient le clergé, cette ville étant sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et plus particulièrement la voie de Vézelay. Alors que certains membres du clergé aisés dotaient leurs objets religieux de pierres précieuses comme le saphir ou le rubis, l’émail était un prétexte pour une couleur à moindre prix qui permit à l’Oeuvre de Limoges de traverser les âges et d’être présent actuellement dans le Monde entier.
La 1ère Guerre Mondiale ayant décimé les artisans émailleurs, une nouvelle génération d’artisans appelés “éveilleurs” émergent de façon précipitée pour les remplacer si bien qu’ils s’inspirent esthétiquement de l’école de Crozant pour les motifs.

Alors que les Arts du Feu ont tendance a être plutôt banalisés, le prix de la Fondation Bettencourt attribué à Pierre Christel en 2005 a permis de redorer cette expertise (Crédits photo: Alexandre Plateaux).
À partir du 27 Octobre 2017, une exposition du créateur Pierre Christel autour d’une collection d’une vingtaine de vases, véritables pièces uniques car contrairement à la technique porcelainière, l’émail ne possède pas de moules mais est soumise aux coûts importants en matières premières de cuivre ainsi que le travail du dinandier qui le martèlera (entre 600 et 1000 euros de frais par pièce).


Par ailleurs, logée sur le même boulevard, la galerie le Bocal propose une collection tournante d’autres savoir-faire d’un collectif d’une dizaine d’artistes locaux, entre autre émailleurs, plumassiers et des créateurs en porcelaine (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

La Mode à Saint-Junien se porte comme un gant
L’Art de la ganterie est arrivé au 11ème siècle dans la localité de Saint Junien, grâce à la présence locale d’eau, de peaux et de l’écorce de châtaigniers et d’hêtres pour l’entretien de ces peaux favorisant la tannerie. Il reste néanmoins trois fabricants au sein de cette cité mythique.

Le gant traditionnel ayant perdu de sa superbe industrielle, la manufacture Agnelle se spécialise dorénavant dans la ganterie de luxe, notamment pour des personnalités dont la paire attribuée à la First Lady américaine Melania Trump, et conçue pour Ralph Lauren.


Pour faire un gant, il nécessite donc 3 pièces: l’unité centrale, la fourchette, le pouce qui passeront sous une presse.


La plupart proviendra de peccaris, de chevaux et d’agneaux puis d’autres textures viendront en guise de décoration à l’instar de peaux de crocodile, lapin, de pattes de poules ou même d’anguille, le satin venant doubler l’intérieur l’ensemble de ces paires de gants, dont une bonne partie provenant de la commande de marques prestigieuses de haute-couture, telles que Dior, Givenchy ou encore Azzedine Alaïa (Crédits photo: Alexandre Plateaux).


Un ensemble pouvant être complété par un travail de mégisserie très minutieux sur la teinte de la peau, au gré des commandes de ces clients de renom qui pourront ensuite adosser leur image tels que ces gants longs Dior et ces mitaines pour Louis Vuitton (Crédits photo: Alexandre Plateaux).

Sur le même sujet

Laissez un commentaire