Rijksstudio : faîtes ce que vous voulez des grands maîtres flamands !

L’un des grands moments cette année à la conférence Museums and the Web à Portland (USA) fut la présentation du Rjksstudio de Rijksmuseum par Peter Gorgels, Responsable web et édition.

Ce projet, lancé en attendant la réouverture du musée pour le 13 avril 2013, a constitué une mini-révolution dans le secteur muséal. A l’encontre du Centre Pompidou Virtuel, qui fait la part belle au texte et à la recherche sémantique (et pour être honnête, qui est un chouïa complexe), d’autres grands musées d’art dans le monde, le Rijksmuseum a souhiaté privilégier l’image.

En effet, que l’on soit conservateur ou personnel administratif, tout salarié du Rijskmuseum est fier du contenu de son musée. C’est lui qu’il met en avant, protège, conserve, présente. “La mission du Rijksmuseum est de connecter le public, l’art et l’histoire” souligne Peter Gorgels. Quoi de mieux que de le mettre également en avant sur son site web voire de créer un projet dont il serait la source ? Bref, avec Rijksstudio, le Rijksmuseum voulait créer une expérience esthétique.

Rien que ça.

Qu’est-ce que le Rijksstudio ?

Comme son nom le laisse deviner, même si vous ne parlez pas un mot de flamand, le Rijksstudio est une application numérique innovante qui rend une (très) grande partie des collections du musée disponibles à tous et ce… gratuitement. Cela veut dire qu’en fait 125 000 oeuvres entièrement numérisées et disponibles en haute définition (bien plus haute que celle proposée par le Google Art Project. Soyons sérieux) sont téléchargeables par tout-un-chacun pour en faire ce que l’on veut et absolument ce que l’on en souhaite.

Tatouage par Droog, basé sur la peinture du XVIIe "Still Life with Flowers" de Jan Davidsz. de Heem

Tatouage par Droog, basé sur la peinture du XVIIe "Still Life with Flowers" de Jan Davidsz. de Heem

 

Foulard en soie d'Alexander van Slobbe basé sur les collections du Rijksmuseum

Foulard en soie d'Alexander van Slobbe basé sur les collections du Rijksmuseum

 

C’est ainsi que le musée, pour le lancement de ce projet, a fait appel à de grands artistes lors d’une “campagne d’ambassadeurs”. Des petites installations éphémères du Rikjsstudio naissaient dans différents lieux comme dans le magasin De Bijenkorf, installations dans lesquelles les visiteurs étaient invités à réaliser leurs propres chefs d’oeuvre.

Que ce soit le Rijksstudio ou le site web du Rijksmuseum, tous deux ont été développés sur le principe des applications, c’est-à-dire permettre au visiteur de trouver rapidement de l’information avec le minimum d’interaction et de parcours. Et, est-il nécessaire de le dire, le site est également complètement responsive (adapté aux différents supports mobiles).

Le public, un consommateur de culture

Le site en version responsive © Rijksmuseum

Le site en version responsive © Rijksmuseum

Le Rijksstudio  et le nouveau site du Rijksmuseum ont tous les deux vu le jour grâce à une prise de conscience de la part du personnel du musée sur les comportements de leur public. Aujourd’hui, nous nageons dans un “océan d’images”, selon les mots de Peter Gorgels. Particuliers comme organisations publient et partagent leurs images, leurs contenu sur des réseaux sociaux comme Facebook, Flickr, Instagram et Twitter. Cette nouvelle consommation d’images a conduit également les industriels à penser et à créer les tablettes qui offrent un support de qualité pour la visualisation des images et des vidéos.

Le nouveau site est également parti d’un constat sur les musées dits “virtuels” actuels, qui ne sont souvent aujourd’hui que des plateformes, des photothèques d’oeuvres à la navigation mal aissée et souvent aux restrictions poussées en ce qui concerne le partage ou le téléchargement. Ces bases de données n’étant pas vraiment tournées vers le public, elles n’ont donc rencontré que peu de succès. Ce constat couplé au fait que les visiteurs sont amenés très facilement à changer de support de navigation (tablette, smartphone, ordinateur portable, etc.) et qu’ils aiment naviguer simplement, rapidement et consomme des images a rapidement conduit l’équipe de Peter Gorgels à penser en mode “app”.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que les applications ont été pensées pour être simples d’utilisation. Elles offrent, mine de rien, assez peu de services, mais ceux-ci sont toujours pertinents. Il fallait donc faire en sorte que l’information, constituée en forme de millefeuille, puisse être accessible rapidement.

125 000 oeuvres offertes à tous !

Un autre grand part pris a été d’offrir librement aux visiteurs de partager, modifier, télécharger, créer à partir des collections numérisées.

La fermeture du bâtiment principal pour rénovation a été l’occasion pour le musée de numériser une grande partie de ses collections. En effet, comme beaucoup, seule une partie des collections (8 000 sur 1 100 000 d’oeuvres) sera exposée au public dans le nouveau Rijksmuseum. Ce dernier a donc décidé qu’elles devaient être accessibles à tous et ce, gratuitement. Au-delà du principe d’open content (Anderson, 2009) qui stipule que, puisqu’il est aujourd’hui possible de distribuer très facilement du contenu, l’avis général est de le rendre  accessible à tous, libre de tout droits d’auteurs (attention, cela ne veut pas dire que c’est libre de droits), le musée a décidé d’investir le champ de l’open design.

Sélectionner et sauvegarder un détail © Rijksmuseum

Sélectionner et sauvegarder un détail © Rijksmuseum

Même le plus petit détail © Rijksmuseum

Même le plus petit détail © Rijksmuseum

En effet, et c’est là que réside la véritable innovation : les images peuvent non seulement être trouvées, partagées, téléchargées et publiées mais également manipulées ! N’importe qui peut les utiliser pour les imprimer, les modifier ou encore créer des produits grâce à leur contenu.

Le musée propose un service basique, pour l’instant, d’impression. Cartes postales, posters, etc. peuvent donc être crées directement à partir du site. Un moyen intelligent de monétiser ce service naissant comme le font nombre d’imprimeurs à la demande. Les autres sont accessibles via la start-up néerlandaise Peecho, qui a installé l’API du  Rijksstudio.

Aujourd’hui, cette partie de commande rencontre assez peu de succès. La faute au prix ou à une absence de besoin ? Le Rijksmuseum ne nous a pas répondu sur ce point. Par contre, la création de collections personnelles, un peu à la Pinterest, rencontre un franc succès, ainsi que le jeu “MasterMatcher” qui, directement inspiré d’Artfinder, permet de créer sa propre collection en ligne suite à des questions sur les préférences personnelles du visiteur.

Constituer sa propre collection © Rijksmuseum

Constituer sa propre collection © Rijksmuseum

Ce site (car le Rijksstudio est directement intégré au site du Rijksmuseum) est un bel exemple d’un musée à l’écoute de son public. Garder en tête l’objectif de la culture accessible à tous est louable, mais sans attirer ce même public vers les collections, il est inefficient. Un dernier point, de taille tout de même, le Rijksstudio a été rendu possible grâce au soutien de BankGiro Lottery.

 

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3 Commentaires

  1. 5 questions à Peter Gorgels du Rijksmuseum | Culture et Communication
    28 mars 2013 at 10:47 Répondre

    […] Comments Parallèlement à la parution du dernier article sur le Rijksstudio, j’étais en relation avec Peter Gorgels, Internet Manager and Editor au Rijksmuseum. […]

  2. Comparez votre ADN avec celui d’Amsterdam | Culture et Communication
    4 avril 2013 at 16:38 Répondre

    […] Amsterdam ADN a été développé avec le soutien de la Loterie BankGiro, la loterie culturelle néerlandaise (comme l’a été le Rijksstudio pour le Rijksmuseum). […]

  3. Le musée est-il devenu un bien marchand comme un autre ? | Culture et Communication
    11 février 2014 at 01:21 Répondre

    […] de choisir lui-même le thème de sa visite ou son parcours. Le Rijksmuseum a mis en place le concours Rikjstudio, répondant à la mission première du musée de « connecter le public, l’art et […]

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